Pour une décentralisation accordant une place aux patois locaux

Au Mali, l'effectivité de la décentralisation est le résultat d'un long processus qui a comporté plusieurs étapes. Au nombre de ces étapes, celle du découpage administratif (constitution des communes) a occupé une place de choix. Les textes qui la régissent mettent l'accent sur la viabilité économique et l'existence de liens de solidarité historiques et géographiques au sein de chaque commune.

 

En considérant la configuration actuelle des communes ( les villages qui les composent), on se sens vite à l'évidence que la réalité du découpage n'a toujours pas respecté l'esprit des textes qui le régissent. En effet, l'arrondissement qui ne correspond à aucune réalité sociologique et historique d'avant la colonisation, a été souvent érigé en commune. Dans d'autres cas, il a disparu au profit de deux ou plusieurs communes dont les villages qui les composent n'ont pas souvent d'affinités sociologiques.

 

A l'image de l'arrondissement, beaucoup de communes regroupent plusieurs patois qui dans le temps, n'ont pas eu forcement des liens de coexistence pacifique. Ainsi la commune de Bancoumana dans le cercle de Kati regroupe des patois comme Finadougou, sindougou, Ballala et Kanibala. Cette situation a engendré deux difficultés majeures au sein de certaines communes :

 

· la précarité de la cohésion sociale

Les communes formées sur la base du regroupement de plusieurs patois fonctionnement dans une certaine cohésion superficielle. Car le sentiment d'appartenir à une même entité administrative est absent dans les mentalités. En effet, ces patois n'ont pas toujours connu une coexistence pacifique. Les antécédents (conflits) fâcheux transmis de bouche à oreille, de génération en génération, restent vivaces dans les mentalités et peuvent ressurgir à tout moment d'une manière ou d'une autre. C'est pourquoi au moment des consultations villageoises sur le découpage administratif, beaucoup de patois avaient souhaité être des entités communales même si cela se devait au détriment de leur viabilité économique. Par ailleurs, le fait pour certains villages de contester à présent leur appartenance à la commune dont ils relèvent, n'est pas étranger à la question ;

 

· des difficultés de mobilisation autour des objectifs de développement

en évoluant dans une entité communale formée par un ensemble de patois, les populations ne se sentent concernées au même degré qu'en agissant au compte d'une commune confondue au quel elles s'identifient.

En effet, l'absence du sentiment d'appartenance à une même communauté joue négativement sur la mobilisation des populations autour des objectifs de développement. Par ailleurs dans ces communes, l'implantation des infrastructures d'intérêt communal (école, parc de vaccination, centre de santé communautaire etc) est parfois source de mésentente entre les patois.

En revanche les communes formées d'un seul patois fonctionnent dans une certaine harmonie.

· au niveau de la cohésion sociale, le sentiment d'appartenir à la même entité a été renforcé par le découpage qui a en quelque sorte confirmé cette réalité sociologique.

· Au plan économique, la mobilisation des populations autour des objectifs de développement est plus facile. Elles sont convaincues que leurs apports en nature ou en espèce ne serviront qu'à réaliser des actions de développement au seul profit de leur patois confondu à la commune. C'est le cas de la commune de Minidian dans le cercle de Kangaba où les habitants ont construit et équipé le siège en dur de leur commune. C'est également le cas de la commune de " Dugu wolon fila " {commune des sept (7) villages} dans le cercle de Banamba, qui a grâce à ses réalisations, enlevé le premier prix d'excellence institué par le Président de la République entre les communes.

La pratique communale telle qu'elle se développe actuellement au mali, démontre de plus en plus que les communes formées d'un seul patois connaissent moins de problèmes de coexistence et sont mieux organisées pour entreprendre des actions de développement. Le découpage administratif dans le cadre de la décentralisation aurait donc largement tiré profit de l'existence des patois sans aboutir à la création de micro - communes non viables. Au lieu d'être source de conflit, le découpage aurait ainsi contribué à l'instauration d'une saine émulsion entre les communes. En effet, la seule évocation du nom de leur patois, dans le cadre des réalisations, réveille chez beaucoup de personnes un fort sentiment d'appartenance qui leur pousse à une révision de la loi sur le découpage, ses réalités sociologiques doivent être prises en compte pour un meilleur ancrage de la décentralisation.

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