Par Pr. Filga Michel Sawodogo, Boureima Ouedraogo
Dans le cadre de l’animation nationale de l’Alliance (pour refonder la gouvernance en Afrique) au Burkina Faso s’est tenue, le jeudi 12 avril 2007 à l’immeuble des Nations Unies à Ouagadougou, une rencontre d’échanges et de réflexion, dénommée « Journée de dialogue sur la gouvernance locale ». Elle a réuni une soixantaine de participants venant de milieux divers (des acteurs institutionnels et de la société civile) intéressés par les questions de la gouvernance.
Cette rencontre a enregistré la participation :
des Institutions, comme l’Assemblée nationale, le Comité national d’éthique, des Ministères comme ceux de l’Administration territoriale et de la décentralisation, de la promotion des droits humains, de l’enseignement de base et de l’alphabétisation ;
des collectivités territoriales (maires de Boromo, de Fada N’Gourma, et conseillers municipaux de Ouagadougou, Ouahigouya et Réo et Kaya, l’Association des municipalités du Burkina Faso - AMBF) ;
des autorités coutumières ;
des organisations de la société civile ;
des organes de presse ;
des partenaires techniques et financiers.
Les questionnements et centres d’intérêts étaient très variés et confirment le diagnostic fait par les conférenciers des maux de l’Afrique. Il a été unanimement reconnu la nécessité de partir de la base pour bâtir une nouvelle citoyenneté, mieux enracinée dans les réalités des terroirs et à même de promouvoir une démocratie et un développement plus solides, plus réelles, et plus profitables à l’ensemble des populations, en somme une gouvernance légitime.
Introduction
Dans le cadre de l’animation nationale de l’Alliance (pour refonder la gouvernance en Afrique) au Burkina Faso s’est tenue, le jeudi 12 avril 2007 à l’immeuble des Nations Unies à Ouagadougou, une rencontre d’échanges et de réflexion, dénommée « Journée de dialogue sur la gouvernance locale ». Elle a réuni une soixantaine de participants venant de milieux divers (des acteurs institutionnels et de la société civile) intéressés par les questions de la gouvernance.
Cette rencontre a enregistré la participation :
des Institutions, comme l’Assemblée nationale, le Comité national d’éthique, des Ministères comme ceux de l’Administration territoriale et de la décentralisation, de la promotion des droits humains, de l’enseignement de base et de l’alphabétisation ;
des collectivités territoriales (maires de Boromo, de Fada N’Gourma, et conseillers municipaux de Ouagadougou, Ouahigouya et Réo et Kaya, l’Association des municipalités du Burkina Faso - AMBF) ;
des autorités coutumières ;
des organisations de la société civile ;
des organes de presse ;
des partenaires techniques et financiers.
Cette rencontre s’est déroulée en deux étapes : la cérémonie d’ouverture et les travaux proprement dits.
A- De la cérémonie d’ouverture
Elle a été marquée deux interventions.
D’abord, celle Monsieur Raogo Antoine Sawadogo, Président du Laboratoire Citoyennetés (ACE-RECIT) et membre de l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique. Monsieur Sawadogo a souhaité la bienvenue à tous les participants, remercié les autorités pour leur présence qui rehausse la cérémonie et traduit leur intérêt pour les questions de gouvernance. Pour lui, le Laboratoire, depuis sa création en 2003, travaille sur la gouvernance locale en considérant la commune comme la porte d’entrée de la citoyenneté responsable : pas de gouvernance locale, pas de développement et pas d’avenir pour la nation. Il s’agit d’une quête pour une société harmonieuse respectueuse des droits et devoirs des citoyens, qui pratique des modes de régulation efficaces et l’anticipation des problèmes. Il a balisé le rôle des différents acteurs autour de quatre paliers : le niveau micro local (familles et villages) ; le niveau supra villageois ; le niveau provincial et le niveau régional. La gouvernance est une quête permanente que le dialogue peut promouvoir et renforcer.
Ensuite, celle de Monsieur Rock Marc Christian Kaboré, Président de l’Assemblée nationale, qui a tenu à présider personnellement la cérémonie. Monsieur Kaboré a félicité l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique et le Laboratoire Citoyennetés pour leur importante contribution au dialogue sur la gouvernance en Afrique en accompagnant les acteurs institutionnels dans leurs efforts quotidiens pour rendre l’action publique plus conforme aux aspirations des populations à la base, notamment à travers la mise en œuvre de la décentralisation et spécialement de la municipalisation. Les crises sociopolitiques et les médiocres conditions de vie des populations rendent nécessaires de repenser la gouvernance en engageant le dialogue entre les différents niveaux d’acteurs aux plans local, national, régional et mondial. Il a souligné l’importance de réinterroger les mécanismes de régulation sociale pour les rendre à la fois compatibles avec les échelles de valeurs et susceptibles d’offrir un cadre stimulant les initiatives citoyennes des populations et de réfléchir sur des modes de gouvernance aptes à nourrir la quête permanente de mieux-être des populations, à servir de référence comportementale et à procurer le sentiment d’appartenance à une communauté de destin, l’objectif étant de parvenir à une gouvernance légitime, pensée et mise en oeuvre par les Africains à partir de leur histoire, de leurs valeurs et de leurs réalités.
Il a préconisé que la réflexion sur le devenir de nos sociétés, qui doit s’appuyer sur la gouvernance légitime, soit articulée autour des idées-forces suivantes :
une gestion éthique des affaires publiques par le respect des règles éthiques, la probité, le sens de l’honneur et de la dignité, le sens du bien commun, du service public, etc. ;
de nouvelles alternatives crédibles pour un développement véritablement durable en Afrique ;
une intégration régionale fondée sur une intégration des peuples et des communautés ;
l’émergence d’une culture citoyenne fondée sur les valeurs et des réalités des communautés de base.
Il a montré que le Burkina a adopté depuis 1991 des politiques publiques orientées vers une responsabilisation des populations à la base, se traduisant, entre autres, par la communalisation intégrale. Le rôle du Parlement dans ce cadre est de veiller à réconcilier l’Etat et la société par l’adoption de règles de gouvernance en phase avec les réalités et les attentes des populations, autrement dit de définir les règles du « vivre ensemble » dans l’intérêt supérieur de la communauté nationale. Cela a conduit à l’adoption du Code général des collectivités territoriales en décembre 2005 sur la base duquel ont été organisées les élections municipales en avril 2006.
En souhaitant que l’initiative lancée par l’Alliance et le Laboratoire Citoyennetés, qui est à même de promouvoir une gouvernance apaisée et répondant aux attentes des populations, se poursuive avec tous les acteurs présents mais aussi d’autres acteurs intéressés, il a déclaré ouverte la journée de dialogue sur la gouvernance locale.
Après une brève interruption suivant la fin de la cérémonie d’ouverture, les travaux, sous la direction du professeur Filiga Michel Sawadogo, chargé de la modération des travaux, ont repris avec trois communications principales.
B- Les travaux proprement dits
Trois communications introductives, complétées par une intervention improvisée du Président du Comité d’éthique, ont servi de base aux débats. Ces communications tournent autour de trois points essentiels : L’accès des populations aux services publics de base comme porte d’entrée à la citoyenneté, la nécessité de repenser la gouvernance en partant de la diversité des légitimités et les enjeux de gouvernance en Afrique.
I. L’accès aux services publics de base comme porte d’entrée à la citoyenneté
La première communication a eu pour thème : « Citoyennetés et accès aux services de base : la décentralisation comme opportunité de repenser l’action publique ». Elle a été présentée par Antoine Raogo Sawadogo, ancien Ministre de l’Administration territoriale et de la sécurité et ancien Président de la commission nationale de la décentralisation (CND), Président du Laboratoire Citoyennetés et membre du Conseil de l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique, et Peter Hochet, assistant de recherche au Laboratoire Citoyennetés.
La communication est partie du constat de la faillite des Etats nations et des modes de gouvernance hérités de la colonisation. Le constat quotidien est la pauvreté, l’insécurité, les famines, les pandémies, les guerres et autres conflits violents accompagnés du déliement des liens sociaux. La gouvernance pratiquée n’a pas encore permis de combler les attentes des populations en matière de démocratie, de transparence, de justice, d’espaces d’initiatives et de participation à la gestion du bien commun. En s’appuyant sur l’évolution historique, M. Sawadogo estime que la décentralisation, spécialement la communalisation, est de nature à re-légitimer la gouvernance publique, à associer et éduquer les populations et à satisfaire leurs besoins, spécialement liés aux services publics. En effet, la décentralisation est une opportunité de repenser l’action publique et de construire des dynamiques citoyennes fortes :
en permettant l’adaptation des politiques publiques aux contextes et réalités sociales afin que l’impulsion du développement vienne de la base ;
en constituant un facteur d’efficacité et de légitimation de l’action publique : la collectivité locale, du fait de sa proximité est un cadre prenant en compte les aspirations profondes des populations et permettant d’atteindre les objectifs de développement endogène.
La collectivité locale serait un échelon indiqué d’un cadre d’intégration sociale forte. A cet égard, la recherche-action du Laboratoire Citoyennetés a établi la pertinence de trois entrées pour agir sur la cité : les règles de la cité (normes de définition, de production et de gestion ou d’utilisation des biens communs) doivent être connues et reconnues par tous ou au moins par la majorité ; les marges (personnes plus ou moins marginales) de la cité ne doivent pas être exclues en ce sens qu’il y a antinomie entre citoyenneté et exclusion ; les services de la cité ou la nécessité de réduire les décalages existants entre les producteurs et les usagers (bénéficiaires) des services publics.
La collectivité locale est aussi considérée par les conférenciers comme un moyen de réhabiliter le citoyen dans son rôle d’acteur de la cité. Elle doit permettre le contrôle citoyen, qui doit être un mécanisme inclusif et participatif, qui requiert : le renforcement des capacités des populations à participer, négocier et contrôler la gestion de la chose publique ; l’obligation de rendre compte ; l’amélioration de la performance des programmes à travers une utilisation plus rationnelle des ressources et une meilleure identification des besoins et priorités de l’action publique ; la mobilisation des énergies pour l’établissement de partenariats ou de coalitions pouvant faciliter l’action collective et amener les décideurs et les techniciens à être à l’écoute des aspirations des populations. Le succès d’une telle démarche nécessite que l’on s’appuie sur des forces endogènes de changement.
Le service public étant considéré comme la porte d’entrée à la citoyenneté par les conférenciers, ceux-ci lui ont consacré des développements tirés d’une étude sur la délivrance des actes de naissance, qui fait appel aux services de santé, de l’état civil et de l’action sociale. En complément à l’intervention de R. A. Sawadogo, Peter Hochet a relevé des dysfonctionnements constatés au cours des travaux de recherche du Laboratoire citoyennetés dans certaines communes du Burkina Faso (Boromo et Reo). En particulier, il a été relevé que les citoyens se considéraient dans une position de demandeurs de services (et non de bénéficiaires d’un droit) et les agents dans une position de pouvoir et non pas de personnes ayant l’obligation de prester au bénéfice des citoyens. Il a été préconisé d’élaborer des manuels de procédure adéquats, de déployer des principes communs et une mise à disposition des usagers des informations sur le fonctionnement des services.
II. Repenser la Gouvernance locale en s’appuyant sur la diversité des légitimités
Intervenant à leur suite, M. Doti Bruno Sanou, historien, coordonnateur du Centre africain de recherche pour une pratique culturelle du développement (CAD), a livré la deuxième communication portant sur « La cohabitation des légitimités et le pluralisme juridique comme fondement de l’ingénierie institutionnelle au niveau local ».
Il est parti d’une élucidation conceptuelle concernant la notion de cohabitation. Elle est le fait d’habiter ensemble dans une harmonie et de rechercher en permanence ensemble le mieux-être, en tenant compte de ce que l’homme est essentiellement un être communal et que la cité (village, ville, commune, etc.) est un lieu d’échanges entre les citoyens. La stabilité des institutions d’une cité est fondée sur le dialogue entre différentes légitimités, sur l’effort d’intégration entre anciens et nouveaux pouvoirs émergents. A cet égard, le conférencier donne des exemples :
de l’Antiquité (Egypte, Grèce) ;
du Moyen Age où l’Etat est au-dessus du souverain qui doit gouverner selon la norme du « profit commun » ;
de l’Afrique précoloniale, avec les exemples des empires mandingues, en particulier la Charte de Kurukanfuga issue de discussions entre toutes les légitimités et qui a reconnu l’égalité de tous les habitants de l’empire, le fait que l’homme soit par essence relations, le consensus et la participation.
Les communautés sont régies par la coutume, véritable tradition vivante qui prend en compte l’évolution sociale et économique et les particularismes ethniques, régionaux ou locaux.
Le conférencier a aussi évoqué les différentes positions des colonisateurs :
pour l’Angleterre, l’association qui accepte la cohabitation des légitimités ;
pour la France, l’assimilation, qui tend à faire table rase du préexistant ou tout au moins ne l’accepte que lorsqu’il ne compromet pas l’évolution vers la civilisation française.
Les défis actuels de gouvernance concernent la cohabitation des légitimités, tremplin pour la gestion locale aujourd’hui en Afrique, particulièrement au Burkina Faso. Pour le conférencier, il faut un regard sur les différentes légitimités, une reconnaissance de chacune d’elles dans son fondement et dans son fonctionnement. Les Africains devraient être capables d’actualiser les coutumes et la gestion du pouvoir traditionnel afin de permettre un enracinement du processus de décentralisation. L’administration doit passer de l’administration de commandement à l’administration de management et de changement. Il faut placer la commune dans une perspective d’intégration nationale, sous-régionale et régionale afin de permettre à chaque collectivité de s’enrichir des autres expériences et de participer ainsi à l’universel. Il conclut au fait que la décentralisation est un héritage de civilisation, source principielle de toute vie en communauté.
III. Les enjeux de gouvernance en Afrique
La troisième communication a été celle de Monsieur Ousmane Sy, ancien Ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales du Mali, ancien Président de la Mission Décentralisation, Directeur du CEPIA et coordinateur de l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique, avec pour thème : « La gouvernance en Afrique : les enjeux et les perspectives ».
Au titre des enjeux, d’emblée, Monsieur Sy s’est présenté comme un militant, un politique et un chercheur de la décentralisation, en raison de ses fonctions politiques, techniques et professionnelles (Ministre, responsable de la Mission de décentralisation, chercheur).
Il a insisté sur l’importance de la gouvernance légitime qui peut être définie comme l’art de gérer les affaires publiques et d’exercer les pouvoirs au service du bien commun avec l’adhésion et sous le contrôle de ceux sur qui exercent ces pouvoirs, en s’appuyant sur les valeurs fondamentales de l’équité comme principe guidant l’action publique et le contrôle de l’autre comme modalité de mise en relation entre les acteurs de l’espace public. La gouvernance doit être arrimée aux réalités, aux valeurs et aux aspirations profondes des populations. A cet égard, il a indiqué comment a été mise en place l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique. Il a évoqué les fruits des premières rencontres de réflexion, à savoir le projet de Charte africaine pour la gouvernance légitime, le Cahier des propositions « Changeons l’Afrique, 15 propositions pour commencer », qui se décline, entre autres, autour des points suivants :
construire une gouvernance légitime ;
refonder des Etats capables de relever les défis du développement ;
forger une gouvernance régionale efficace pour sortir l’Afrique de sa marginalité.
La question de la gouvernance retient l’attention des décideurs politiques et des partenaires au développement telles les institutions internationales. La mise en place de l’Institut africain de la gouvernance dont Monsieur Sy est Président du Conseil d’administration est illustrative de l’intérêt de plus en grandissant de bien des acteurs pour la réflexion et la recherche de propositions novatrices d’amélioration de la gestion des affaires publiques.
Du point de M. Ousmane Sy, il faut élargir les approches classiques de la bonne gouvernance en intégrant les spécificités africaines, qui est faite de principes que connaissent toutes les sociétés et auxquelles elles aspirent, à savoir la légalité (respecter ce qu’on a convenu de faire), la légitimité (impliquant l’adhésion et le contrôle), la responsabilité (obligation de répondre de ses paroles, de ses décisions, de ses actes ; chacun est responsable en proportion du pouvoir qu’il détient), la « redevabilité », la transparence, la lisibilité, la régulation et l’arbitrage, la prévisibilité.
Pour lui, l’Afrique est un continent en crise avec une légitimité fragile des pouvoirs actuels, due au fait que la recherche de l’unité nationale après les indépendances a conduit au rejet de la diversité. La chefferie traditionnelle est soit combattue soit instrumentalisée. La base communautaire de nos sociétés est détruite. Les conflits tournent à la confrontation violente du fait que les mécanismes traditionnels de règlement des conflits sont détruits alors qu’il n’y pas d’autres mécanismes efficaces qui les ont pas remplacés.
La démocratie ne prend pas : l’alternance ne s’opère pas. Les langues nationales et les valeurs traditionnelles sont ignorées. La lutte contre la corruption pose problème dans la mesure où le fonctionnaire qui a détourné des fonds publics pour aider ses parents est préféré à celui qui s’abstient de le faire.
La décentralisation, à travers le mouvement de municipalisation, peut contribuer à donner de la liberté et de la dignité aux populations et améliorer leurs conditions de vie. Pour lui, en partant des empires africains, comme l’empire du Ghana, c’est la décentralisation qui est plus ancienne que la centralisation. Au Mali, après l’effondrement de l’Etat en 1991, c’est la décentralisation qui a permis la reconstruction du pays.
Au titre des perspectives, il a noté trois leviers principaux :
la décentralisation qui est au cœur de la réforme ;
l’intégration régionale, qui constitue avec la décentralisation les deux faces d’une même médaille ;
la nécessaire réorientation de la coopération (le conférencier critique l’aide ou la coopération actuelle) qui doit cesser d’être de la coopération réparation pour devenir de la coopération solidarité.
L’administration d’après les indépendances continuerait de fonctionner comme une administration de domination. Sur les insatisfactions de la gouvernance actuelle, il a également évoqué la question des frontières héritées de la colonisation, qui devraient cesser de créer des problèmes de frontière pour devenir de simples problèmes à la frontière.
Les dynamiques locales bien exploitées peuvent éclairer l’avenir du continent, qui sans cela, est bien sombre.
Le modérateur a ensuite donné la parole au Ouidi-Naba, Président du Comité national d’éthique (CNE), et personne ressource associée par l’Alliance dans ses missions de dialogue. Celui-ci a indiqué, d’entrée de jeu, que le CNE a une mission de contribuer à la paix intérieure et qu’il fallait avoir le courage de traiter sérieusement de nos problèmes. Le CNE a élaboré des codes de déontologie devant éclairer les agents publics sur la conduite à observer dans leurs prestations de services. A propos des services publics, il ne faut pas cultiver l’esprit de gendarme colonial : le service s’exerce au nom et pour la communauté. Il a montré que nos sociétés africaines avaient leurs propres valeurs, comme l’égalité et la solidarité. Relativement à la chefferie traditionnelle, il a rappelé que le colonisateur a trouvé des sociétés organisées et que les chefs ne commandaient pas aux arbres mais aux hommes et que pour ce faire une légitimité est nécessaire : il y a des règles d’accès à la chefferie et des modalités de reddition de compte. La société était organisée de manière à ce qu’il y ait harmonie. Dans la promotion de nos valeurs, il y a lieu de maintenir la forme républicaine de l’Etat.
Il convient de noter que le Ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation avait manifesté son intérêt de participer à ces débats et prendre personnellement la parole pour situer toute l’attention que son département accorde un tel processus de dialogue. Mais des contraintes de dernière minute l’y ont empêché.
IV. Intérêts, questionnements et engagements des acteurs
Les communications et de l’intervention du Ouidi-Naaba ont été suivies de débats très riches en questionnements.
Un des intervenants, le Secrétaire permanent de la Commission nationale de la décentralisation, a indiqué l’intérêt marqué du Ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation pour l’activité du jour, à savoir le dialogue sur la gouvernance locale, et les efforts qu’il déploie dans la même direction. Ainsi, un plan d’action est en élaboration pour permettre l’appropriation du processus par les acteurs ainsi qu’un cadre stratégique de mise en œuvre de la décentralisation. Il a évoqué la collectivité locale de développement, les candidatures aux élections municipales (condamnation du parachutage ou acceptation de la candidature des ressortissants comme s’intéressant aux problèmes de la localité).
Un autre intervenant, en tant que conseiller technique, s’est fait le porte-parole du Ministère de l’enseignement de base et de l’Alphabétisation (MEBA) pour saluer l’initiative et excuser la première responsable du département qui aurait souhaité prendre part à activement à cette rencontre mais se trouvait en mission. Il a invité à une certaine prudence dans l’examen de la question de la décentralisation qui est un phénomène de pouvoir, de morale et de droit. Or le pouvoir est source de conflit depuis la nuit des temps. La décentralisation ne doit donc pas être perçue comme une panacée : il faut penser en complexité le local et le global, qui sont les deux faces d’une même médaille. Il a par ailleurs souligné que l’Etat en tant que puissance publique détient le monopole de la violence physique légitime et qu’il ne saurait l’abandonner sans cesser d’être un Etat. Il a par ailleurs montré que l’Occident est fondé sur la philosophie gréco-romaine qui, elle-même, s’est inspirée de l’Egypte pharaonique, et donc des valeurs africaines. C’est dire qu’il y a en quelque sorte des valeurs africaines parmi les valeurs de l’Occident.
Un troisième intervenant représentant l’UEMOA a relevé l’intérêt de la question abordée au cours de la journée et sa liaison avec la politique d’aménagement du territoire sur laquelle l’UEMOA travaille actuellement.
Les débats ont également permis d’analyser ou d’évoquer :
la question de l’efficacité de la gestion locale et le risque de la corruption au niveau local ; il a été précisé qu’il sera difficile de la combattre au niveau local si tel n’est pas le cas au niveau national ;
l’intégration des chefferies coutumières dans le processus de décentralisation pour plus d’efficacité, particulièrement dans les plans locaux de développement ;
la question de la mise de la coopération au service du développement (adapter l’arsenal de la coopération aux aspirations des bénéficiaires, mettre la coopération au développement au service d’un processus décentralisation réelle) et de la gouvernance des ONG qui ne semble pas toujours des plus efficace et transparente ;
la question de l’entreprenariat social à promouvoir ;
la question de l’éducation ou de l’instruction civique qu’il faut intégrer dans les programmes d’enseignement ; l’information a été donnée que 500 enseignants sont actuellement en formation ; le plus important semble être l’exemple que les dirigeants, parents, éducateurs, aînés… vont donner aux enfants ; les enfants, même s’ils reçoivent d’excellents cours de civisme, ne pourront pas faire fi de la réalité ambiante ;
l’importance des langues nationales ;
comment éviter que dans 10, 20 ou 30 ans on déchante par rapport à la décentralisation comme c’est le cas de la démocratisation entreprise au cours des années 1990 ? ;
les pratiques d’exclusion de certains élus locaux qui n’associent pas tout le monde à la gestion des affaires locales comme cela est souhaitable ;
la question de la responsabilité individuelle et collective a été abordée quant à l’amélioration des conditions de vie des populations ; sans un effort de tous les instants et sur tous les plans de chaque membre de la communauté nationale ou locale, aucune amélioration ne sera observée ;
la question des pays frontière comme mécanismes d’intégration des communautés sans considération des frontières entre les pays ;
Bref, les questionnements et centres d’intérêts étaient très variés et confirment le diagnostic fait par les conférenciers des maux de l’Afrique. Il a été unanimement reconnu la nécessité de partir de la base pour bâtir une nouvelle citoyenneté, mieux enracinée dans les réalités des terroirs et à même de promouvoir une démocratie et un développement plus solides, plus réelles, et plus profitables à l’ensemble des populations, en somme une gouvernance légitime.
V. Quelques recommandations et suites à donner
A la clôture des travaux aux environs de 15 heures, les participant exprimé leurs marques de satisfaction, leur souhait que de telles rencontres se renouvellent et permettent de toucher un public plus large au niveau des régions et des provinces, une large diffusion du rapport général auprès des institutions et personnes intéressées.
En termes de recommandations et suites à donner, il s’est dégagé de cette journée de dialogue quelques propositions concrètes. Elles peuvent se résumer entre autres comme suit :
1. La nécessaire construction au niveau national d’un cadre permanent de convergence des initiatives, de partage et de mutualisation des expériences d’accompagnement de la gouvernance locale réunissant tous les acteurs intéressés (institutionnels, partenaires techniques et financiers, élus locaux, société civile, personnes ressources, etc.)
2. La poursuite du dialogue à travers l’organisation de rencontres thématiques plus ciblées (la cohabitation des légitimités ou rôles et places des légitimités traditionnelles dans le contexte républicain, l’accès au services de base, la formation citoyenne et l’intégration régionale par les communautés de base, etc.)
3. L’organisation de forums régionaux notamment dans les espaces transfrontaliers sur « intégration des peuples et accès services publics de base (Santé, sécurité, transports, gestion du patrimoine commun ou le foncier), dans les pays-frontières »
4. L’Alliance et le Laboratoire Citoyennetés doivent se donner les moyens de mobiliser les acteurs étatiques, les partenaires et les organismes régionaux et panafricains autour de ces initiatives
Conclusion
L’on peut retenir de cette journée de dialogue qu’il a été unanimement reconnu que de plus en plus, les bassins de vie se transforment donc en des espaces de confrontations d’intérêts de groupes. En l’absence de mécanismes de régulations sociales et de modes de production et de gestion du bien commun adaptés aux contextes et réalités sociales des communautés, ces confrontations se manifestent souvent de façon violente et mettent en péril la cohésion, la stabilité et la paix sociales.
Il est aujourd’hui impératif de rechercher, proposer et promouvoir de nouvelles alternatives crédibles au déliement des liens sociaux, de redéfinir les normes et mécanismes de régulation qui régissent les relations entre les groupes sociaux à l’intérieur d’une même collectivité, entre les communautés à l’échelle nationale et sous-régionale. La finalité étant de construire des dynamiques d’intégration (sociale) plus citoyennes fondées sur une reconnaissance et une acceptation communes des règles régissant harmonieusement les rapports entre acteurs la base et les mandataires chargés de gérer le bien commun. En somme, la refondation de la gouvernance en Afrique ne doit pas être une simple profession de foi mais un engagement collectif des acteurs africains et non Africains soucieux du devenir du continent.
Face aux défis actuels de la cohabitation pacifique entre les peuples d’Afrique, le processus d’intégration doit être porté par les communautés que les frontières artificielles héritées de la colonisation ont divisées. C’est une quête d’une citoyenneté ayant justement comme fondement le dépérissement des frontières à travers la construction d’espaces d’intégration à la base, de cohabitation pacifique et de retrouvailles entre communautés partageant jadis le même espace coutumier, socio-historique et économique.
Le local constitue bien l’échelon territorial le plus approprié pour les communautés de repenser la gestion des leurs affaires collectives et la définition de leurs rapports au reste du monde.
conf__rence_sur_la_cohabitation[.doc (320 Kio)] (8 pages)