L'espace maritime : un espace de solidarité mais aussi de conflits

Quand les migrations fragilisent l'intégration ouest africaine

En dépit des diversités culturelles, les pêcheurs ont développé, à travers les années, des chaines de solidarité. Cette solidarité est palpable surtout dans le domaine du secours en mer. Combien de Gambiens repêchés par des Sénégalais ; de Sénégalais par des Guinéens, dans des situations difficiles qui peuvent parfois se solder par des morts d'hommes, sans parler des pertes de matériels.

Dans l'histoire des pêcheries africaines, des récits oraux faits par des pêcheurs permettent encore de se remémorer l'accueil chaleureux réservé aux pêcheurs dans leur trajectoire.

Un vieux pêcheur sénégalais, Malick Guèye, originaire de Saint-Louis, nous parle encore de l'accueil dont ils ont été l'objet (il se le rappellera jusqu'à la fin de ses jours), au Bénin et au Nigeria. Il faut partir de cette première génération de pêcheurs sénégalais, qui dans les années 60 sont allés pêcher au Bénin puis au Nigeria. Dans les années 70 encore, nous avions au Sénégal une forte colonie de pêcheurs Ghanéens venant pour des longues campagnes de pêche. Au delà de la solidarité développée par et entre les pêcheurs, ces derniers transmettaient le savoir à travers les cycles migratoires. En effet, les migrants lèguent leur "savoir-faire" dans les pays d'accueil. Il peut s'agir de techniques de pêches, mais aussi de transformation.

Les filières ghanéennes spécialisées dans la valorisation du requin sont certainement un des "résidus" des campements temporaires et semi-sédentaires de pêcheurs ghanéens - dans le passé- le long de nos côtes. Ces migrations participaient à la construction de l'intégration ouest-africaine à travers les échanges lors des séjours dans les pays d'accueil. Certains pêcheurs se sont sédentarisés et ont des familles installées définitivement en Guinée; pour ne citer que ceux-là.

Aujourd'hui les migrations sont source de conflits qui précarisent les conditions de sécurité des pêcheurs.

Entre le Sénégal et la Mauritanie, les arrestations de pêcheurs sénégalais et l'arraisonnement de leurs pirogues sont monnaie courante. Les Sénégalais qui comptent de plus en plus sur les ressources démersales de certains pays comme la Mauritanie sont soumis à une double contrainte : avoir une licence pour accéder aux ressources de ce pays tiers et l'obligation d'y débarquer leurs prises.

Face aux comportements défiants de certains pêcheurs sénégalais, les garde-côtes mauritaniens font recours aux armes avec comme résultat des pertes en vies humaines.

De même entre le Congo, le Nigeria et le Ghana, les migrations sont source d'intenses conflits dans la mesure où certaines autorités n'hésitent pas à refouler des étrangers.

Quelques situations président à l'intensification des conflits entre migrants et populations autochtones. D'une part, nous avons un nouvel intérêt accordé au secteur de la pêche de la part de pays anciennement considérés comme des pays d'accueil par excellence. Il s'agit en général de pays qui comptaient traditionnellement sur d'autres richesses. C'est le cas de la Mauritanie, de la Guinée Conakry qui, avec le nombre croissant de pêcheurs locaux, ont décidé de développer leur pêche artisanale. Certains d'entre eux comme la Mauritanie et la Guinée Bissau ont mis en place des systèmes de régulation pour préserver leurs ressources.

D'autre part l'implantation des migrants sur la côte complexifie le problème déjà épineux de l'accès à la terre pour les populations autochtones. Cette situation touche aussi les opérateurs pratiquant la transformation pour le marché régional. C'est le cas des Burkinabé et des Guinéens basés dans le village de Joal au Sénégal qui rencontrent des difficultés face à des transformatrices sénégalaises qui les considèrent comme des concurrents pour l'accès à la terre indispensable à construction des fours de fumage. Il faut rappeler qu'il y a une forte colonie de Burkinabés et de Guinéens basés dans ce village et qui contrôlent des sous-filières entières : transformation sur place, expédition et commercialisation vers leur pays d'origine.

Enfin, la rareté de la ressource est d'une telle ampleur qu'elle pose un problème de cohabitation pacifique non seulement entre migrants et autochtones mais aussi entre pêcheurs de même nationalité. Le conflit qui s'est installé au Sénégal depuis 1979 entre les migrants saint-louisiens et les pêcheurs de Kayar est là pour en témoigner.

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