Intégration nationale et tribalisme

Le sport comme motif de l’unité nationale au Cameroun

C’est connu presque de tous, Makénéné, ville située à cheval entre la province du centre et de l’Ouest Cameroun a été maintes fois le théâtre de conflits ouverts avec mort d’Hommes et pour cause : Chacun se dit être chez soi et tous les autres sont des étrangers. Il est de coutume que Makénéné soit animé pendant les grandes vacances scolaires, comme tous les autres villages du Cameroun à cette période de l’année d’ailleurs. A cette période, ce coin vibre au rythme des championnats de football et autres soirées culturelles.

Le football étant l’opium de tous les Camerounais, chacun caresse le rêve sinon de voir son équipe remporter le tournoi, de le remporter soi-même. Aucun effort n’est donc ménagé pour arriver à ses fins. Pour l’occasion, il se constitue plusieurs équipes et la plupart de celles-ci sont de Makénéné. Une ou quelques fois deux viennent de Nyokon (village de l’arrondissement de Makénéné habité par les autochtones des lieux et minoritaires). En règle générale, il s’en faut de beaucoup pour que ce village envoie deux équipes au championnat. C’est peut-être pour cette raison que leur équipe est souvent très forte. Lorsqu’elle joue à domicile, elle est rarement battue car toujours, tout le village se déporte au stade pour supporter son équipe. Lorsque par contre elle joue à l’extérieur, l’équipe de Nyokon est celle à abattre par tous les moyens. Lorsqu’il s’agit des matches de coupe, un seul incident suffit parfois à faire rejouer le match et cela peut se répéter surtout si l’équipe de Nyokon mène au score.

Au cours du championnat des vacances 2000, l’équipe de Nyokon s’est vue obligée de jouer les demi-finales trois fois. La première fois, lorsqu’elle menait au score, les supporters de l’équipe adverse ont percé le ballon. La deuxième fois ils se sont attaqués à l’arbitre. La troisième fois, il a fallu une escouade de gendarmes tout autour du stade pour que le match s’achevât sur la victoire des Nyokons.

Interrogés sur autant d’antipathie, les uns et les autres se rejettent les responsabilités.

Question : " pourquoi n’aimez-vous pas vos frères?

Réponse : Un jeune de Makénéné : " ce ne sont pas nos frères, ils ne diraient pas que nous sommes des étrangers ici? Nous voulons leur montrer qu’ils sont incapables de nous faire quoi que ce soit ici même si c’est chez eux. "

Réponse : Un jeune Nyokon : " Vous voyez vous-même comment ils nous traitent, même au marché pourtant, quand ils viennent jouer chez nous au village, nous leur offrons du vin de palme après le match et même les femmes. "

Toutefois quand l’équipe de Makénéné joue contre une équipe étrangère, la communion s’installe. Même les autochtones de Nyokon et les allogènes de Makénéné se tiennent main à la main pour bâtir la victoire de leur équipe inverse. La victoire de leur équipe est célébrée avec festin par tout le monde. On oublie les querelles fratricides.

A chaque sortie de nos lions Indomptables, tout le Cameroun fait corps avec son équipe; c’est une vérité de Lapalisse que de dire que le sport est un facteur d’intégration nationale qui plus est au sein de la jeunesse. Cette attitude se remarque donc depuis le tréfonds local avec le cas de Makénéné.

Grâce au sport, nos différences créent l’harmonie. Les uns et les autres oublient les querelles intestines.

Ceci nous fait penser que même les rencontres d’échanges et sportives régionales, des festivals internationaux tels que le FESPACO - Festival panafricain des arts et de la culture de Ouagadougou sont des lieux de rencontre de la jeunesse qui peuvent par conséquent favoriser l’intégration régionale au sein des populations en général.

Toutefois, il est déplorable de constater que, quand ces activités s’éloignent, le climat redevient à la normale comme le cas de Makénéné. D’où vient-ils donc que des jeunes puissent être aussi ignominieux, qu’ils n’acceptent pas ceux avec qui ils partagent tout.

Si malgré tout, l’intégration n’est possible à Makénéné, pouvons-nous espérer qu’elle soit un jour au plan national, régional?

Cette fiche a été rédigée dans le cadre du programme gouvernance en Afrique : dialogue sur la décentralisation et l’intégration régionale

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