Passer une frontière expose au racket des hommes de loi

La désillusion d'un jeune malien qui croyait en la libre circulation des personnes et des biens dans la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest

"A l'école on m'avait parlé de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). On nous avait expliqué que cette organisation communautaire traduisait la volonté de nos Etats de construire un ensemble dans lequel les populations des pays membres pourraient circuler librement avec leurs biens.

En 1981, je décidais de quitter mon Mali natal pour me rendre à Tengrèla en Côte d'Ivoire. J'étais en compagnie de trente six autres passagers dans un car. Pour franchir la frontière, les gendarmes nous ont obligés à payer chacun 500FCFA alors même que nous étions en règle. Toutes les pièces exigées avaient été fournies. Alors que je m'inquiétais de cette pratique, un gendarme me lança : "même avec toutes tes pièces (carte d'identité, de vaccination, passeport) et la photo de Moussa TRAORE (président du mali à l'époque), tu ne passeras pas sans verser 500FCFA". Je lui ai demandé si la Côte d'Ivoire n'était pas membre de la CEDEAO. Le gendarme me répondit par l'affirmative mais rajouta aussitôt que la CEDEAO a été créée par les personnes mais que la CEDEAO ne pourra pas les empêcher de prendre les 500FCFA.

Arrivé en Côte d'ivoire, j'ai pu trouver un travail comme berger. Mon employeur m'avait offert l'hospitalité et donc était aussi mon tuteur. Il me traitait avec soin et respect et dû même consentir une augmentation de salaire. Il m'expliquait que lui aussi avait des parents au Mali. Je fus donc accepté sans grande difficulté.

Après un mois passait à Tengrèla je décidai de partir à Deneni toujours à l'intérieur de la Côte d'Ivoire.

A la sortie de Tengrèla aussi les gendarmes nous réclamèrent encore 500FCFA alors qu'il n'y a pas de frontières entre Tengrèla et Deneni. J'étais d'autant plus surpris que nous étions toujours à l'intérieur du territoire ivoirien.

A partir de ce moment, j'ai compris qu'il y avait un écart entre la façon dont on nous présentait les institutions communautaires et la réalité du terrain. Je ne me faisais plus aucune illusion sur le chemin du retour vers le Mali.

Effectivement, à la frontière, les forces de l'ordre nous demandèrent de déclarer la somme d'argent détenue par-devers nous. Après la déclaration, on nous fouilla systématiquement. S'ils se rendaient compte que la somme déclarée était en deçà de la somme réellement détenue, ils te confisquaient le reliquat sans autre forme de procès. Quelle que soit la somme détenue par ailleurs, ils te soutiraient un pourcentage. Les objets de valeur étaient confisqués. Seuls les chauffeurs des véhicules étaient épargnés. La solution était alors de leur confier les biens et l'argent pendant le voyage."

Ousmane KONARE,est jeune malien travailleur de Diaobé - village sénégalais de la région de Kolda recevant un marché hebdomadaire sous-régional.

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