Synergie entre ONG et communautés de base pour une contractualisation en matière de santé rurale.

L’expérience de la mutuelle de santé communautaire de Mabo

Par la loi 96 – 07 du 22 mars 1996, l’Etat a transféré neuf (9) domaines de compétence aux collectivités locales dont la santé. Pour permettre à ces collectivités locales de mener à bien leur mission en matière de santé, l’Etat apporte chaque année son appui à travers les fonds de dotation. C’est dans ce cadre que le Conseil Rural de Mabo a reçu en 2009 un appui de 8 000 000 F CFA.

La communauté rurale de Mabo, dont il s’agit compte 32 000 habitants répartis dans 4 seccos (Mabo, Mbeuleup, Wanar et Ségré) qui englobent 75 villages. Elle ne compte que deux postes de santé à Mabo et à Mbeuleup soit en moyenne un poste de santé pour 16 000 habitants. Il existe sept cases de santé pour la plupart non fonctionnelle à Ndioral, Maka Sakoumba, Wanar, Ségré, Diamafara, Santhie Ndiaw et Ndiobène Taïba.

Le seul poste de santé à l’actif de l’Etat réellement opérationnel est celui de Mabo. Le poste de santé de Mbeuleup entièrement financé et équipé par le partenaire au développement World Vision, n’est même pas encore inauguré. C’est dire que la couverture sanitaire est très en deçà des normes dans la communauté rurale de Mabo. Les enfants pour se faire vacciner et les femmes en état de grossesse qui se font consulter, connaissent de grosses difficultés de déplacement.

La couverture sanitaire dans la communauté rurale aurait été plus dramatique, n’eût été l’appui de l’ONG World Vision qui a doté le poste de santé de Mabo d’une ambulance d’un coût de 17 millions dont 11 millions de l’ONG et 6 millions du comité de santé provenant des fonds de dotation.

L’ONG a l’ambition de financer d’autres postes de santé et même si possible à raison d’un poste de santé tous les 5 Km, dans le souci de parvenir à des soins de santé de proximité.

Par ailleurs, l’appui de World Vision a permis la mise en place en 2004 d’une mutuelle de santé,à adhésion volontaire, dénommée « Diappo Faj » reconnue en 2005 et qui a intégré l’association des mutuelles de santé de Kaffrine. « Diappo Faj » compte 1484 adhérents. Pour être membre de la mutuelle, il suffit d’acheter un carnet d’adhésion à 1000 F et de verser une cotisation annuelle de 2400 F. Il faut alors une attente de 3 mois pour avoir accès au soin. Cependant, si l’on cotise une seconde fois, l’accès aux soins est immédiat.

Sur ce registre, World Vision mène une politique systématique de parrainage des enfants dont il supporte les frais d’adhésion et de cotisation. Il convient d’ajouter que le père et la mère de l’enfant parrainé peuvent cotiser par le biais du carnet de l’enfant et bénéficier eux-mêmes des soins de santé après 3 mois d’attente.

World Vision intervient dans les 75 villages de la communauté rurale de Mabo. Et l’ensemble des adhérents de la communauté rurale bénéficient d’une couverture maladie avec consultation gratuite sur présentation d’une lettre de garantie.

Sur le plan de l’acquisition des médicaments, les ordonnances délivrées concernent l’initiative de Bamako (IB). Elles sont couvertes à 80% par la mutuelle et le malade supporte les 20%.

Pour ce qui est des médicaments sortant de cette catégorie et disponibles uniquement au niveau des officines de pharmacies, la répartition est ainsi faite : 50% pour chaque partie contractante (la Mutuelle et le malade).

En cas d’évacuation vers le district sanitaire à Kaffrine, la Mutuelle supporte 75% des frais et le malade 25% (avant l’érection de Kaffrine en région).

Par contre, ces mesures ne sont pas applicables hors des centres de santé ou de référence, c’est- à- dire au niveau des hôpitaux classés Etablissements publics dotés de la personnalité juridique. C’est par exemple le cas de l’hôpital régional El Hadji Ibrahima NIASSE de Kaolack.

Il convient tout de même de signaler que pour chaque consultation, le patient, quoique membre de la Mutuelle, est tenu de s’acquitter du ticket de 200 Francs pour le poste de santé. A cela s’ajoute une cotisation fixe supplémentaire de 200 Francs chaque mois.

Pour finir, la mutuelle a initié des conventions avec les cases de santé en vue de les sortir de leur léthargie.

Elle s’emploie activement à élargir les adhésions, en vue de dégager le maximum de fonds à investir dans le développement global ; notamment dans des secteurs comme l’hydraulique et l’équipement des écoles.

La santé est certes une compétence transférée aux collectivités locales. Mais les moyens nécessaires ne suivent pas. Les fonds de dotation destinés à la santé sont dérisoires par rapport aux besoins, ce qui justifie ce slogan souvent lâché par les conseillers ruraux : « l’Etat a transféré tout bonnement les difficultés ».

Ces difficultés sont plus perceptibles au niveau de l’accès aux soins et surtout de la couverture maladie. D’ailleurs, selon les statistiques officielles, moins de 20% des Sénégalais bénéficient des mécanismes de prise en charge et 18,45% seulement ont le privilège d’avoir une couverture de risque maladie. Il est évident qu’à l’échelle du milieu rural, c’est la portion congrue. C’est pourquoi, à travers le PNDS, l’état a préconisé l’idée de recourir à la contractualisation et s’est évertué à dynamiser le partenariat public privé. Et c’est justement dans le cadre du partenariat avec les ONG / Associations que s’inscrivent les actions précitées de Wolrd Vision. Laquelle organisation, selon l’appréciation des acteurs ruraux de Mabo, a efficacement appuyé le conseil rural dans la mission qui lui est dévolue, palliant ainsi les insuffisances de l’Etat. Si cette expérience de Wolrd Vision faisait tache d’huile un peu partout dans le pays, les populations ne s’en porteraient que mieux. Il n’en demeure pas moins qu’il faudra aux autorités et aux collectivités locales plus de volonté politique et d’imagination pour réduire la fracture sanitaire, particulièrement visible dans ces contrées rurales à groupes vulnérables.

PNDS (1998-2007) : Plan national de développement sanitaire (au Sénégal)

Legitimate governance

Keywords

Géographiques