Les programmes de gratuité en matière de santé, réalités ou mythes ?

Le Plan Sésame vécu par un septuagénaire de Nioro

Agé de plus de 64 ans, je fus interpellé par un parent gravement malade. Lui-même âgé de 72 ans révolus. Ainsi, malgré mon âge et mes charges sociales de retraité, j’accourus à son chevet, personne d’autre ne pouvait lui venir en aide. Je m’aperçus qu’il avait déjà la carte sésame. En principe, cela lui donnait droit à des soins gratuits et des médicaments gratuits dans les limites prescrites par la loi.

Arrivés au centre de santé de référence de Nioro du Rip (Sénégal), nous fûmes accueillis dans un bureau spécialisé en la matière. Après quelques formalités d’usage, on me remit un bon de consultation sans bourse délier. Je commençai à murmurer un certain enchantement eu égard au ticket que le patient d’une autre catégorie serait tenu d’acquitter en pareille circonstance. Vu l’état de santé du malade et l’impérieuse nécessité d’examens radiologiques, mon parent devait être évacué à Kaolack, chef-lieu de la Région médicale. Donc dans un hôpital, établissement public dénommé EL-Hadj Ibrahima NIASSE. Nous eûmes la chance de trouver une ambulance disponible. Il paraît que ce n’était pas toujours le cas, particulièrement c’était l’exception avant la réception d’une dotation gracieuse de la part d’un fils du terroir. Encore un sourire pour savourer un de nos proverbes traditionnels les plus positifs selon lequel tout vieux méritait d’être gardé (jalousement) dans un village. Une satisfaction on ne peut plus éphémère : il fallait se procurer soi-même le carburant. Dans un pays non producteur de pétrole et de surcroît fauché comme tout bon retraité, je fus sommé par ma conscience de faire en sorte que le parent retrouvât un bon état de santé. Fort heureusement, tout se passa bien d’autant que la note fut équitablement honorée par tous les malades évacués.

Arrivés à Kaolack, nous trouvâmes une longue file de patients au service radio. Les personnes âgées étaient tenues de respecter l’ordre d’arrivée. Après des heures d’attente angoissante, on me fit comprendre qu’il fallait payer les frais de radio du thorax. Encore de l’argent ! Au gré de mes va- et - vient dans le long couloir, je découvris une connaissance de longue date. Aussitôt, l’agent me pria de faire entrer mon parent. Il me fit un traitement de faveur, à savoir une exonération des frais. Un sacré coup de chance ! Mais je ne pus m’empêcher de méditer sur le sort réservé aux personnes âgées ne disposant pas de coup de pouce et obligés de mettre la main à la poche. Et comment ?

Le Plan Sésame, une bonne initiative dans ses principes et ses objectifs est salué par tous, notamment les retraités et les personnes âgées. Il a été conçu pour les personnes âgées d’au moins 6O ans. Mais il se trouve que, selon les sources corroborées par les ministères compétents, l’Etat traînerait une lourde ardoise au détriment des structures de santé. Aujourd’hui, ces structures refusent même de prendre en charge ces personnes malades. Et l’on ne peut admettre que certaines prestations de cette tranche d’âges y soient devenues payantes.

Faut-il alors croire au président du collectif des retraités du Sénégal qui déclare que le Plan sésame est aujourd’hui « presque mort » ?

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