Une politique d’aide sociale aux indigents en matière de santé : des vœux pieux ?

L’exemple de la prise en charge d’enfants déshérités à Nioro

Nioro, chef-lieu de département abrite un et un seul centre de santé de référence qui couvre toute la zone sanitaire peuplée de quelque 270 000 âmes. Pour découvrir la réalité sur le terrain, Symbiose/Alliance s’est évertuée à laisser la parole aux divers segments de l’ensemble des populations. Lesquelles, selon une démarche participative et ascendante, ont échangé et tenté de cerner l’état des lieux tel que vécu dans le secteur de la santé et de lui proposer les remèdes et recommandations qu’elles croient adéquates. Et le dialogue dont il est ici question s’inscrit dans ce cadre.

Une dame, M.K., technicienne de formation axée sur les questions d’action sociale est la responsable du Bureau EPS/ B.A.S. (Education Pour la Santé / Bureau d’Aide Sociale) dans ladite structure de santé. A cœur joie, elle se livre - à travers ces lignes- aux questions posées par SM. A l’issue de cet entretien, les commentaires (synthèse des idées partagées) qui suivront ont pour objet de dresser la situation du volet social en direction des enfants déshérités à Nioro.

SM : « Mme, au cours d’une rencontre effectuée ici, hier, une dame a déploré l’absence d’un personnel permanent appuyé par des autochtones pour s’occuper particulièrement des enfants issus de familles vulnérables, indigentes. Et la dame de constater que de tels enfants, totalement démunis présentent des cas de maladies mais n’arrivent même pas à accéder aux consultations et aux soins de santé primaire, faute de disposer de la modique somme pour acquitter le ticket exigé. A moins d’une présentation d’un certificat d’indigence ! »

M.K. : « Et pourtant, un bureau chargé de la question existe bel et bien. Il est fonctionnel dans ce centre de santé depuis 2003. Evidemment, je suis pratiquement la seule à coordonner toutes les activités multiformes même si d’autres agents travaillent en synergie avec moi».

SM : « Quelle est la procédure pour la prise en charge de tels enfants : identification, mécanisme d’exonération des frais du ticket, suivi, etc. ? »

M.K. : « Comme souligné tantôt, il arrive que certains rares sujets quelque peu avisés se présentent avec leur parent muni d’un certificat d’indigence. Et dans ce cas, aucun obstacle au niveau du comité de santé ; la consultation s’effectue le plus naturellement possible.

Mais dans la plupart des cas, le sujet malade que nous recevons subit une certaine série d’interrogations. Ce qui permet, à travers une sorte de questionnaire enquête, de préjuger de la pertinence de la vulnérabilité.

Si c’est concluant, alors il est orienté vers le bureau du comité de santé ayant seul prérogative de lui concéder ce quitus. Dans l’affirmative, il peut accéder aux consultations et aux soins de base.»

SM : « Est-ce que le comité de santé se plie automatiquement à votre diagnostic ? »

M.K. « Pas tout le temps, des refus sont perceptibles çà et là. Et l’on me rétorque alors le fait que je puisse être abusé au motif que je ne suis pas originaire de la contrée. Il est vrai qu’ils sont bien placés pour détecter certains cas d’abus de confiance. Pour autant, il existe des cas qui me paraissent sûrs mais qui se trouvent rejetés par le comité de santé. Un petit personnel autochtone évoqué plus haut et de surcroît vertueux faciliterait- il davantage la tâche ?»

SM : « Et si le présumé enfant déshérité provient des villages et communautés rurales périphériques, l’équation ne s’avère- t- elle pas plus difficile à résoudre ? »

M.K. : « La question comporte en elle-même sa réponse. Et c’est là que le bât blesse. D’autant que mon champ d’action s’étend à toute la zone sanitaire. Sans personnel d’appui et moyen de me déplacer ; on y reviendra dans les commentaires. »

SM : « Dernière question, que dire de l’allocation d’un certain budget et d’un lot de médicaments de base pour soulager des malades vraiment nécessiteux ? »

M.K. : « Contrairement à ce qui se passe dans les hôpitaux, ici rien n’est prévu en l’espèce : pas de sous, pas de médicaments. Il m’est même arrivé de mettre la main à la poche pour subvenir à des cas extrêmement insoutenables. »

Il faut se rendre à l’évidence que le volet social est traité en parent pauvre :

— Sinon, comment comprendre qu’un bureau – et non un service- ne soit ouvert ici que tardivement ;

— Le problème récurrent du déficit de personnels refait ici surface : une seule personne couvrant tout un département et sans possibilité de partager avec un confrère ou une consœur sur des questions aussi stratégiques ;

— Le manque de moyen logistique normalement réservé au service social ; ce qui marginalise de fait les structures sanitaires rurales quand bien même l’agent social manifesterait tout son sérieux et son engagement dans l’effort de santé ;

— Le comité de santé semble être plus soucieux de garnir ses comptes que de s’investir dans l’amélioration inclusive des prestations de service ;

Des couches aussi vulnérables mériteraient un meilleur sort. Aussi, des propositions de solutions :

— Les populations de base, le comité de santé, les collectivités locales, l’Etat sont interpellés, chacun en ce qui le concerne, pour un traitement spécifique de la question ;

— Pourquoi ne pas réserver un lot de médicaments subventionnés par l’état au profit exclusif de ces groupes si vulnérables ? C’est une des solutions alternatives.

— Accroître les moyens matériels et humains pour une large sensibilisation des populations en vue de leur participation citoyenne plus active à la vie du centre de santé ; les valeurs de solidarité traditionnelle pourraient bien contribuer à alléger la souffrance de ces enfants déshérités ;

— Aider ces enfants situés en dehors des institutions de formations (écoles à la française, écoles coraniques) à s’intégrer dans des circuits d’apprentissage de métiers et partant jouir d’une éventuelle protection d’un tuteur ;

— La mairie et autres services pourraient solliciter l’appui des ONG, institutions (UNICEF, OMS,….), les Groupements de Promotion Féminine locaux, les Organisations Communautaire de Base, etc. à ce combat.

Autant de mesures urgentes, sans occulter la solution appropriée à chacun des dysfonctionnements précités, pour permettre à cette couche d’indigents de recouvrer leurs droits légitimes à la santé de base. Au final, pourquoi ne pas ériger de tels centres de référence en hôpitaux dignes de ce nom ? Le poids démographique de la zone et les normes OMS militent en faveur de cette idée.

Bureau EPS : Bureau s’occupant de l’Education pour la santé

B.A.S : Bureau d’aide sociale, souvent au niveau communal

Volet IEC : volet Information, éducation et communication

Legitimate governance

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