Des préjugés - à tort ou à raison - comme freins à assurer des services sociaux de base

Hostilité des populations à l’égard d’une vaccination de masse et de l’inscription des enfants à l’école officielle

Le deuxième anniversaire du transfert de compétences aux élus locaux (Maire, Président Conseil Rural, etc.) -intervenu en 1998- offre une occasion appropriée à l’équipe municipale pour organiser concomitamment la journée de vaccination au centre de santé (district de Nioro) et la journée de recrutement à l’école élémentaire.

A cet effet, des moyens matériels et financiers ont été dégagés et des stratégies arrêtées pour sensibiliser et mobiliser toute la population. Les médias d’Etat et privés sont interpellés. Les autorités religieuses, politiques et coutumières faisant office de relais dans la diffusion et de l’information sont sur le qui vive. Les crieurs publics sillonnent les artères de la grande ville jusqu’aux derniers recoins de la cité. C’est la mobilisation totale.

Le jour tant attendu arrive. L’équipe sanitaire déploie les grands moyens pour atteindre son objectif : vacciner tous les enfants de 0 à 5 ans. Les stocks de médicaments garnissent les tables entourées de blouses blanches.

Mais le début est encore timide. Les mères de famille ne se bousculent pas. Elles arrivent à compte goutte. La grande effervescence est notée à la salle d’injection où les malades victimes du paludisme jonchent le sol. Vers le milieu du jour, le taux de couverture ne dépasse pas encore les 20%. Le comité de santé fait appel au crieur public en guise de rappel. Mais la situation reste inchangée.

Par ailleurs, le constat est amer. Dans les écoles c’est le calme plat. Ce n’est pas la grande ruée prévue. Les comités de recrutement constitués du directeur et des partenaires sociaux (Association des Parents d’Elèves, Syndicat d’enseignants) n’enregistrent que peu d’enfants.

C’est un désarroi qui frise la panique. Les parents d’élèves n’ont pas répondu à l’appel des autorités. Des moyens énormes ont pourtant été dégagés mais c’est le résultat est amer : une indifférence totale.

C’est ainsi que le Maire convoque dans les instants une réunion en inter commissions (santé et éducation) pour des dispositions à prendre. La solution proposée est le déploiement dans les quartiers des équipes de vaccinateurs et de recruteurs pour toucher le maximum d’enfants. Autrement dit, il est retenu d’aller vers les populations, entrer dans les maisons pour porter l’information. En dépit de tout cela, certains chefs de famille avancent des considérations tendant à refuser poliment l’accès à leur maison. Raisons invoquées : le vaccin rend impuissant ou stérile et l’école n’a plus sa raison d’être. On clame à qui veut l’entendre que l’école ne produit que des diplômés en chômage qui, de surcroît, refusent d’aller aux champs pendant les vacances et ne s’adonnent qu’à des activités sportives (navétanes) et à des parties de thé grevant, au demeurant, le maigre budget familial.

A la fin de la journée le bilan est catastrophique. Les objectifs sont loin d’être atteints. Néanmoins, il faut annoncer des résultats positifs pour justifier les dépenses faramineuses et inutiles. Mais, fort heureusement, une réunion d’évaluation est programmée incessamment.

A la lumière des résultats réellement obtenus et non édulcorés, le conseil municipal s’est donc réuni pour faire le bilan de la journée et tirer sans complaisance les enseignements. Il en est sorti les conclusions suivantes :

 La population à la base n’est pas au même niveau de formation que les élus locaux ;

 Il n’y a pas de courroie de transmission – réseaux et relais- entre le bureau municipal et la base ;

 Les conseillers municipaux ne jouent pas leurs rôles de facilitateurs et de relais ;

 Les services sont transférés sur la demande des élus locaux pour tirer profit de la question des centres de santé et des écoles ;

 Les actes et orientations du Maire une fois élu doivent s’effectuer sur la base de l’efficacité et non sur des considérations politiques et partisanes ;

 L’installation de comité consultatif de quartier regroupant les jeunes, les femmes, les différents corps de métiers s’impose pour l’implication de la base dans la gestion de la cité ;

 L’alphabétisation joue un facteur non négligeable dans l’éveil des consciences.

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