Manœuvres politiciennes pour fragiliser un délégué de quartier

L’exemple du réaménagement dans le découpage des quartiers de la ville de Nioro

Pendant la période coloniale, il n y avait qu’un seul chef de quartier pour toute la ville de Nioro qui ne comptait que le quartier dit « escale ». Il avait un rôle pluriel :

De l’indépendance en 1960 jusqu’en 1970, un seul chef de quartier assumait toutes ces fonctions et administrait l’ensemble de la ville et tout marchait bien ; l’ensemble des citoyens lui vouait alors une légitimité ce qui a augmenté l’efficacité de son travail :

Jusque là, les autorités administratives (Préfets, Gouverneurs, Ministère de l’Intérieur) jouaient un rôle prépondérant dans le processus de nomination des délégués de quartier (arrêté du Préfet)

A partir de 1970, ce n’est plus le Préfet, mais le Maire qui a l’initiative de nomination du chef de quartier, ce qui constitue une brèche où se sont engouffrés peu à peu et le clientélisme et la politique politicienne.

En 1970, il est vrai que la ville s’est agrandie. Sur des bases purement et simplement électoralistes, le Maire a créé deux nouveaux quartiers dénommés « Centre » et « Nord ». Et les deux nouveaux délégués promus à cet effet lui seraient proches. L’ancien délégué, du reste jouissant toujours d’une légitimité héritée de ses ascendances s’en est trouvé confiné dans le quartier Nord, réduit à sa plus simple expression.

A partir de 1990, la municipalité a procédé à la création de 3 nouveaux quartiers. Désormais, Nioro compte 6 quartiers : Médina, Nouroulaye, Fass HLM, Thièrère, Diamaguène, Darou Salam. Dès lors, il existe 6 délégués de quartiers, dont les citoyens ne se reconnaissaient pas, excepté le délégué précité. La légitimité, naguère incarnée par celui-ci, s’est progressivement diluée en même temps que les atouts de mobilisation et d’efficacité dans la gestion de la cité.

Les conséquences néfastes à la communauté, quant à la gestion de la cité, sont nombreuses :

Exemple : le seul délégué de quartier collectait annuellement 2 millions de francs alors que les 6 délégués peinent à collecter 300 000 F. Il est arrivé même qu’un contribuable prenne l’initiative de « sauter » son chef de quartier pour s’adresser au premier chef de quartier qui a souvent de la peine à le convaincre de retourner dans son quartier ;

Malheureusement, ces « deux maisons irrégulières » obstruent celle d’un citoyen qui, pourtant, a acquis légalement sa propriété et qui se trouve même dans l’impossibilité d’user du droit d’accès à la rue, à l’eau courante et à l’électricité.

Cette expérience est une illustration de l’idée selon laquelle, une légitimité- comme une force sociale- ne se décrète pas. L’éparpillement de la légitimité première ne s’est pas finalement traduit en une somme de légitimités plus fortes. Au contraire, la fonction s’en est trouvée désacralisée, banalisée et affaiblie au préjudice de l’intérêt commun (administration et gestion locales). Il est dommage que, de plus en plus, on note un certain recul dans la gestion de l’aménagement de la cité. L’une des causes essentielle de ce recul est le clientélisme politique avec son pendant, le népotisme.

La bonne gouvernance suppose, tout au moins, l’éradication de ces maux. Pour ce faire, il faut, en l’espèce, de réels mandataires de l’immense majorité de la population (mandants), responsables des actes qu’ils posent et transparents dans leurs actes quotidiens.

Legitimate governance

Keywords

Géographiques