Fortes réticences des populations vis à vis de la scolarisation en milieu rural

Le village de Loyène est situé à 3 Km de Ngayène Sabakh, chef - lieu de la communauté rurale et à 11 Km de la Sous Préfecture de Médina Sabakh. Il abrite plusieurs daaras communément appelés écoles coraniques où l’enseignement du Coran est dispensé gratuitement.

En 1962, deux années après l’accession de notre pays à l’indépendance, fut créée la première école française dans le village de Loyène peuplé de plus de 1 500 habitants composés spécialement à 99% de wolofs (ethnie majoritaire du Sénégal) qui pratiquent l’agriculture, l’élevage et le commerce.

A l’avènement de la période de l’indépendance, le gouvernement du Sénégal, pour diverses raisons, se lança dans une vaste opération d’implantation d’écoles françaises dans tout le Sénégal, notamment pour vulgariser cette nouvelle langue malgré la méfiance, voire la réticence farouche d’un bon nombre de villages du Saloum (région ancienne de toute la zone). A cet égard, je me fais le plaisir de demander de partager avec vous l’expérience suivante que j’ai vécue.

A la veille de la rentrée des classes, c’est l’autorité administrative en l’occurrence le Chef de canton ou le chef d’arrondissement qui se chargeait des inscriptions des élèves en se basant sur les données statistiques des recensements administratifs (impôts). Chaque chef de carré avait l’obligation de fournir les éléments suivants :

Muni de ces renseignements, l’agent administratif avait la latitude de décider qui devait devenir élève ; l’âge de scolarité était alors fixé à 7 ans.

Par contre, la réticence des parents était fondée sur les considérations suivantes :

Le contexte a aujourd’hui changé, notamment avec l’appui des partenaires stratégiques. Et c’est dans ce cadre que des ateliers de réflexion et de sensibilisation avec les partenaires au développement, à travers des programmes pertinents comme le PRIZ (Programme de renforcement institutionnel zonal) et des structures comme l’APE (Association des Parents d’Elèves) et tous les acteurs à la base ont « révolutionné » les mentalités et dissipé les réticences et craintes précitées.

Chemin faisant, les populations de Loyène ont fini par accepter l’implantation de l’école française, sans pour autant renier l’enseignement coranique qui reste leur socle socioculturel. Néanmoins, il reste que la communauté rurale de Ngayène Sabakh détient encore l’un des plus faibles taux de scolarisation du Sénégal.

Cette expérience montre que la relative réussite des autorités exécutives réside dans leur capacité à négocier avec patience en faisant usage des méthodes de démarche participative. Et le poids conjugué des actions des partenaires au développement n’y est pas étranger. Ceci montre aussi que lorsque les populations sont placées dans des situations favorables, elles sont à même de prendre leur destin en main en tenant compte de leurs aspirations et de leur propre référence identitaire et culturelle.

PRIZ : Programme de renforcement institutionnel zonal, un programme initié par l’association Symbiose Sénégal avec l’appui technique de Horizont3000 ; Welthaus Graz (Autriche), lancé vers les années 2002.

APE : sigle des Associations de Parents d’Elèves au Sénégal qui travaillent principalement pour la défense des intérêts moraux et matériels des élèves d’un établissement donné.

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