Des conséquences d’une décision municipale non partagée par les populations

L’exemple du transfert de la gare routière de Kaolack

Kaolack, chef-lieu de la Région qui porte son nom, est une ville située, à quelque 195 Km de Dakar, à la croisée des routes menant vers divers pays de la sous région (Gambie, Guinées, Mali) : un véritable carrefour stratégique très prisé par les chauffeurs de transport public (taxis, camions, remorques). Au cœur de la ville, l’espace qui est en voie d’être transformé en centre commercial et jouxtant le marché central était, depuis plus de trente (30) ans, la gare routière urbaine par arrêté municipal. Les chauffeurs organisés en association entretenaient l’espace et payaient régulièrement les taxes de balayage, etc.

En 2004 la commune met en BOT (construction-exploitation-transfert) la gare routière sans en informer l’association des chauffeurs. Un beau matin, le cabinet d’affaires chargé de réaliser le centre commercial se présente pour la préparation de la pose de la première pierre. Une surprise, il trouve une opposition systématique des chauffeurs et même de quelques commerçants qui pensent que leur intérêt est menacé. Le bras de fer entre municipalité et chauffeurs est ainsi déclenché. La municipalité qui avait déjà empoché quelques millions pour l’établissement du bail à durée indéterminée au nom du cabinet est dans une situation très délicate. Et pour cause, le travail préalable n’a pas été fait :

Et au fil des mois, la commune n’a toujours pas trouvé de solution à ce problème ; tout le processus restant bloqué face à la détermination des chauffeurs prêts à défendre leur outil de travail. C’est alors que le Préfet, saisi du dossier, convoque une réunion incluant toutes les parties prenantes. Il convient de préciser que le cabinet en question, chargé de réaliser les travaux dispose de tout ce qu’il lui fallait juridiquement.

Par ailleurs, les chauffeurs de taxis disposent de l’arrêté qui fait de cet espace la gare routière urbaine ; les commerçants brandissent leur permis d’occupation provisoire et leur abonnement en bonne et due forme. Ils sont fondés à occuper légitimement l’espace. C’est à l’issue de cette rencontre que toutes les questions ont été vidées : une solution claire, nette, apaisée. Au vu et au su de tout le monde, le centre commercial est actuellement en chantier. Les chauffeurs sont délogés et recasés de façon consensuelle. Quant aux commerçants, ils sont d’accord d’autant plus qu’ils seront prioritaires lors de l’éventuelle distribution des cantines.

Souvent les communes créent des litiges, voire des conflits, par ignorance ou par abus de pouvoir. Elles confondent politique et gestion des affaires de la cité. Les autorités municipales de Kaolack ont sous estimé la capacité des chauffeurs à se constituer en interlocuteurs incontournables : une réelle légitimité socioprofessionnelle.

Cette expérience montre clairement le manque de formation des élus locaux chargés de s’occuper des questions de développement local. D’où nécessité de renforcer leur capacité de gestion des hommes et de prévention des litiges sociaux. Par contre, la démarche suivie par l’autorité exécutive, en l’occurrence le préfet est la voie de salut car, avec le dialogue et le diagnostic participatif la décision qui en découle s’est toujours révélée payante et durable.

B. O. T : Build, Operate, Transfer, en anglais ; forme de contrat ultra libéral qui consiste à rémunérer le constructeur d’un projet par les recettes provenant d’un projet de l’exploitation de ce projet dont celui-ci assure la gestion à ses risques et périls, durant une période au cours de laquelle la propriété est transférée gratuitement à l’acquéreur.

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