Etat de la lutte anticorruption au Burkina Faso en 2010

L’année 2010 a été marquée, au Burkina Faso, par la promesse ferme du Chef de l’Etat de bâtir un pays émergent à l’horizon 2015. Cette promesse se veut la matérialisation du programme quinquennal qui a soutenu sa candidature à l’élection présidentielle du 21 Novembre 2010. Une telle promesse implique nécessairement l’accentuation de la lutte anti-corruption qui gagne du terrain et menace de rompre les équilibres socioéconomiques. En effet, l’on assiste à l’émergence d’une élite politico-bureaucratique qui continue de s’enrichir pendant que la grande majorité des populations ploie sous une misère endémique. Le contexte de corruption presque généralisée interpelle toute la communauté nationale et se pose comme l’un des principaux défis de gouvernance au BurkinaFaso.

En 2010, année du cinquantenaire et année électorale, le contexte général n’a véritablement pas évolué. Bien au contraire, la campagne électorale a été, une fois de plus, l’occasion de transporter la corruption jusque dans le Burkina profond à travers des distributions d’argent, de vivres et autres gadgets aux électeurs pourmotiver l’expression de leurs suffrages. En matière de gouvernance, la lutte anticorruption est l’un des chantiers sur lesquels les autorités burkinabé sont très attendues. Car, la corruption tend à devenir une gangrène qui affecte presque tous les segments de la société. Ce phénomène, on le sait, tue le développement. Ses effets se manifestent par la destruction des bases des progrès économiques et sociaux. Elle engendre des iniquités dans l’accès aux services sociaux de base et dans la gestion des ressources publiques et détourne les investissements publics vers des intérêts privés. En cela, elle constitue un facteur handicapant de l’efficacité de l’action publique. De ce point de vue, la lutte contre la corruption vise à créer les conditions d’une bonne gouvernance fondée sur le respect des règles éthiques et morales et les principes d’équité, de redévabilité, de responsabilité et de transparence dans la gestion du bien commun. Pour être efficace, cette lutte doit être portée par toutes les catégories d’acteurs de la vie publique nationale et soutenue par une volonté politique au plus haut niveau. Au Burkina Faso, la lutte anti-corruption est, depuis plus d’une décennie, au coeur des préoccupations de bien des acteurs de la vie publique, notamment des organisations de la société civile dont le REN-LAC et des partenaires au développement. La pression qu’ils exercent sur les gouvernants n’a malheureusement pas permis l’adoption de mesures concrètes et nécessaires pour l’éradication du mal, ou tout au moins, sa réduction. Les efforts conjugués de ces acteurs ont, certes, contraint le gouvernement à développer progressivement un certain nombre d’initiatives notamment dans le domaine du contrôle de la gestion publique. Cependant, ces actions restent incomplètes et se limitent à la dénonciation des cas de corruption et de détournements dont les auteurs bénéficient encore de l’impunité. Sur le plan institutionnel, l’Etat burkinabè a un dispositif de lutte contre la corruption et pour la transparence de la gestion des affaires publiques. Font partie de ce dispositif, la Cour des comptes, l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE), l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), le Parlement, la Justice, etc. Malheureusement, les travaux de contrôle de ce dispositif n’ont pas encore permis d’aboutir à la sanction des auteurs présumés de pratiques corruptrices, surtout lorsque les personnes suspectées sont proches du pouvoir en place ou bénéficient de protections des milieux politiques. Certaines institutions et structures ont produit et rendu publics leurs rapports annuels en 2010. Comme les précédents, ces rapports ont épinglé des fautes de gestion, des détournements de deniers publics, des cas de fraudes, etc. Mais les suites judiciaires sont toujours 4 attendues malgré les engagements et les discours politiques. Tous ces rapports risquent de subir le même sort. Les années se suivent et la volonté affirmée des pouvoirs publics reste encore à l’état de déclarations d’intention ou de profession de foi. Pourtant, du côté des organisations de la société civile (OSC) et des médias, les efforts se sont multipliés dans la dénonciation de cas précis et les interpellations, mais les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire tardent à réagir avec toute la rigueur qu’imposent les faits. Le présent rapport se propose de faire un diagnostic des initiatives des acteurs, à la fois institutionnels et non institutionnels, en matière de lutte contre la corruption au cours de l’année 2010 ainsi que l’impact de ces actions sur la gouvernance quotidienne de la société. Il ne s’agit pas d’un répertoire des actions conduites mais d’une analyse croisée de celles-ci en vue d’en tirer les enseignements et des recommandations ciblées. Il comporte trois grandes parties :

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