Forum sur le cinquantenaire des indépendances (Koudougou, Burkina Faso): Décloisonner les territoires et les politiques sectorielles pour impulser des dynamiques citoyennes transnationales

« Il y a, aujourd’hui, deux types de pays dans le monde : ceux où le gouvernement a peur de la population et ceux où la population a peur du gouvernement » (Amos R.E. . Pinchot cité par Hencken, 1952 : 486).

Ces mots du Pr Pinchot résument à la perfection la situation des peuples dans la construction d’un monde de plus en plus interpénétré dans lequel les interdépendances ne sont pas toujours source de solidarité.

En effet, un examen des évolutions sur la scène internationale instruit que la tendance dans les relations économiques n’est point au triomphe des particularismes, mais plutôt au renforcement des interdépendances. Partout et à des degrés divers, des regroupements à caractère économique s’opèrent et ou se consolident. A l’évidence, l’air du temps est à l’intégration économique. Une intégration dont la nécessité ne se discute plus, surtout pour les pays peu développés qui, au vue de l’ampleur des crises qui les secouent, encourent, sans cette option, la pérennisation de leurs marginalités politiques et économiques.

Cependant, au-delà de cette vérité qui fonde la légitimité de l’intégration économique régionale, la difficulté affleure dès qu’il s’agit de dépasser le slogan politique pour traduire l’idéal dans les faits. C’est que l’œuvre d’intégration n’est pas une sinécure. Œuvre d’éducation et de persuasion, l’intégration régionale est assurément une œuvre de longue haleine. Elle est à la fois un enjeu et un péril. Enjeu politique majeur, l’intégration économique l’est du fait des abandons partiels de souveraineté qu’elle implique ; opération périlleuse elle l’est aussi car sa réalisation suppose des sacrifices à court terme alors que les gains tangibles ne s’inscrivent eux que dans le long terme. Il importe donc d’avoir une claire vision des exigences du processus d’intégration afin de bien mesurer la portée des engagements pris et de mettre nos comportements en adéquation avec eux ce d’autant plus que, et l’expérience des divers processus d’intégration en Afrique de l’Ouest l’atteste, le marché commun a toujours joué les arlésiennes ayant constitué la pierre d’achoppement, la falaise contre laquelle sont venues mourir les vagues successives de projets d’intégration. Il en résulte que l’intégration s’accommode mal des approches émotionnelles ; elle exige une lucide adhésion.

C’est à ce nécessaire discernement qu’entend contribuer le présent exposé qui porte sur « le décloisonnement des territoires et des politiques sectorielles pour impulser des dynamiques citoyennes transnationales »

Le concept d’intégration, faut-il le rappeler, se définit comme un processus par lequel deux ou plusieurs Etats cherchent à éliminer les barrières discriminatoires existant entre eux, dans le but d’établir un espace économique unique. L’objectif visé est donc la réalisation d’une aire géographique unique se substituant à la diversité des aires géographiques nationales qu’elle fusionne, aire soumise à des règles destinées à réaliser une économie de marché. Ce qui suppose que soient assurées les conditions d’une libre circulation des marchandises et celles de leurs échanges concurrentiels et que les principes de libre circulation et de non-discrimination soient étendus aux personnes, aux capitaux, aux services et à l’établissement. C’est dire que la concrétisation d’un projet d’intégration se mesure à l’aune de l’effectivité de ces libertés.

Quel est le degré de l’intensité citoyenne dans les constructions communautaires en cours ? Que faire pour que les processus d’intégration soient portés par une dynamique véritablement citoyenne ? Telles sont les interrogations auxquelles la présente communication tentera de répondre en dressant dans un premier temps un état des lieux (II) et en proposant des pistes de réflexion pour l’action (III). Mais au préalable, il convient de s’accorder sur le sens des concepts en présence (I)

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