Comment faire de l’intégration régionale un espace de prévention et de gestion des conflits qui sont en même temps un frein à cette intégration ?

La vision du Réseau Gouvernance Togo sur la gestion et la prévention des conflits

L’Afrique est depuis une quarantaine d’année, l’une des régions du monde les plus touchées par les conflits auxquels elle paye un lourd tribut. Pour prévenir ces conflits, les mesures suivantes sont indispensables:

Introduction

L’Afrique est depuis une quarantaine d’année, l’une des régions du monde les plus touchées par les conflits auxquels elle paye un lourd tribut.

On estime ainsi qu’entre 1955 et 2002 que les conflits en Afrique ont fait environ huit à douze millions de mort. Sur quarante huit génocide dans le monde, vingt ont eu lieu en Afrique. Sur un total de soixante six minorités persécutées, vingt et sept sont en Afrique. L’Afrique compte vingt et sept millions de réfugiés et de déplacés soit près de la moitié de la population réfugiés mondiale. Somme toute la situation est aussi dangereuse et préoccupante qu’il faillent ne pas se taire.

En avril 2002, 45 pays africains sur 50 ont connu ou connaissent une forme de conflit ouvert ou latent. Tantôt ce sont leurs populations qui s’entretuent et dans d’autre cas les conflits au départ civil se généralisent et deviennent des guerres internationales. Partout l’on est convaincu qu’il faut faire quelque chose pour le rétablissement rapide de la paix en Afrique pour que ses populations puissent vaquer réellement et librement à leurs occupations dans la perspective du développement. Ainsi par exemple des pressions sont exercées en faveur d’une intervention militaire internationale en Afrique en vue de la restauration de la paix. D’autres plaident pour un développement de la diplomatie de terrain pour une meilleure synergie de tous les efforts de paix.

Les Etats signataires de l’acte constitutif de l’union africaine sont également conscients que le fléau des conflits en Afrique constitue un obstacle majeur au développement socio-économique du continent et qu’il urge de promouvoir la paix, la sécurité, la stabilité comme condition préalable à la mise en œuvre de notre agenda dans le domaine du développement et de l’intégration.

Cette interpellation suscite tout une litanie de questions auxquelles il importe de répondre si l’on veut réellement progresser vers une meilleure intégration régionale, un espace de prévention et de gestion des conflits. Dans le cadre de ce travail nous tiendrons compte de cette préoccupation dans la recherche de solutions aux trois interrogations que soulève la question à savoir :

Avant d’aborder ces interrogations, nous allons d’abord préciser la notion de conflit.

I- NOTION DE CONFLIT

Il ne s’agit pas ici de donner une simple définition de la notion de conflit mais de préciser la nature des conflits africains, faire la typologie des conflits et donner leurs sources.

1-1 Définition

La notion de conflit n’est pas aussi aisée à définir dans la mesure où elle revêt de nombreuses formes et survient dans des cas différents. Par essence le conflit est un désaccord, une contradiction ou une incompatibilité. En général, le terme conflit s’applique à toute situation dans laquelle se trouvent des individus, des groupes dont les objectifs, les cognitions, les émotions sont incompatibles et les conduisent à s’opposer. Trois types de conflits entre dans cette définition générale.

C’est en somme dire que les parties au conflit se fâchent mutuellement. Ceci dit quelle est donc la nature des conflits en Afrique ?

1-2 Nature des conflits en Afrique

La fin des années 50 était caractérisée par la lutte pour la libération et l’indépendance des peuples et Etats africains qui croupissent encore sous le joug de la colonisation. Une partie de ce peuple n’y parviendra qu’à l’issue de grandes et sanglantes guerres.

A ces conflits liés à la libération vont s’ajouter des conflits inter étatiques. Des conflits territoriaux ou frontaliers opposent les pays africains. Des conflits internes ayant des connotations idéologiques et néocolonialistes vont emporter des centaines de vies humaines.

1-3 Les typologies de conflits africains

Il est très difficile d’établir des critères assez concrets et précis de distinction des conflits africains parce que dans un seul conflit il est possible d’y déceler tout un amalgame de conflits qui s’interpénètrent et s’auto influencent. Par ailleurs dans une seule confrontation armée il est très souvent malaisé de découvrir toute une interaction de situations conflictuelles qui compliquent très souvent sa compréhension.

Nous essayerons de mettre en exergue les types de conflits que nous rencontrons sur le continent africain et on peut les classer en six catégories. Il s’agit des conflit de pouvoir, des conflits territoriaux, des conflits des minorité, des conflits néocolonialistes, des conflits de libération, des conflits hégémoniques et expansionnistes.

1-3-1 Les conflets de pouvoir

Partout en Afrique nous assistons à une recrudescences des conflits de pouvoir. Lorsque les dirigeants ne sont pas suffisamment tenus de rendre des comptes, que les régimes ne sont pas transparents, qu’il n’existe pas de système adéquat de contrôle du pouvoir, que la légalité n’est pas respectée, qu’il n’existe pas de moyens pacifiques de remplacer ceux qui sont au pouvoir ou que les droits de la personne humaine ne sont pas respectés, le contrôle politique prend une importance excessives et les enjeux deviennent dangereusement élevés. Il en est ainsi plus encore lorsque l’Etat est le principal employeur et les partis politiques ont pour l’essentiel une base régionale et ethnique. En pareil cas le caractère multi-ethnique de certains pays fait que le risque de conflit est encore plus grand et l’on constate une politisation violente de l’ethniticité ou une exacerbation du tribalisme.

1-3-2 Les conflits territoriaux

Les guerre classiques d’agression mettant au prise deux Etats l’un ayant des velléités sur un territoire appartenant au second entre dans cette seconde catégorie de conflit. La plus part du temps ces conflits sont basés sur des querelles frontalières résultant d’un découpage anarchique par la colonisation .

1-3-3 Les conflits de minorité

Les conflits de minorité sont ceux qui opposent les groupes ethniques minoritaire à d’autres qui sont majoritaires.

Le conflit qui prévaut au Burundi est de type minoritaire en ce sens que le groupe minoritaire veut à tout prix exclure de la gestion toute les autres composantes de la société burundaise. La guerre des minorités Touareg au Mali et au Niger est aussi un exemple.

1-3-4 Les conflits sécessionistes

Les guerres qui impliquent une demande sécessionniste constituent une catégorie hybride puisqu’il s’agit le plus souvent de conflits de minorité auxquels les revendications sécessionnistes confèrent une portée territoriale. Deux élément sont requis à savoir l’existence d’un peuple et les revendications sur un territoire. L’Afrique en a connu une multitude mais nous citerons à titre d’exemple le cas de la guerre de Biafra et les revendications d’indépendance de la Casamance au Sénégal.

1-3-5 Les guerres de libération

Les guerres de libération nationale selon la définition des Nations Unies constituent des luttes contre les dominations coloniales ou l a domination étrangère, et les luttes contre les régimes racistes. Il s’agit essentiellement de conflits résultant de la vague de décolonisation des années 50 à 70 et qui mettent en jeu des peuples exerçant leur auto détermination tel que reconnu par la résolution 1514 de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

1-3-6 Les conflits hégémonistes et expansionnistes

Les conflits ont pour fondement une politique dictée par l’aspiration à l’hégémonie politique et économique et l’extension du territoire au dépend de la conquête du territoire à l’étranger. Aussi ces différents types de conflits peuvent être classés selon. :

Tous ces éléments seront décortiqués dans la recherche de réponse aux trois interrogations ci-dessus énoncées.

II - LES ELEMENTS DE REPONSE RELATIFS A L’INTEGRATION REGIONALE, A LA PREVENTION ET A LA GESTION DES CONFLITS

Ces éléments seront regroupés en trois points :

2-1 Quels mécanismes régionaux faut-il instituer pour prévernir et gérer les conflits ?

L’un des objectifs de création des institutions communautaires est l’intégration régionale. Cette intégration ne serait qu’une utopie si les espaces communautaires sont minés par des conflits. C’est pourquoi il est nécessaire de définir des mécanismes pour prévenir et gérer les conflits. Il faut pour cela :

2-1-1 La création et le renforcement des cadres de coopération et de partenariat entre pays voisins

L’existence des institutions communautaires n’exclut pas la création de cadres de coopération et de partenariat entre pays voisins. La création de ces cadres doit tenir compte des types de conflits qui existent . Ainsi par rapport aux conflits frontaliers qui naissent souvent entre pays voisins, plusieurs Etats ont crée des commissions nationales de délimitation des frontières, qui pour être efficace travaillent en partenariat avec les pays voisins. Ces commissions qui doivent normalement travailler de façon permanente, veillent au respect des frontières érigées par la colonisation et procède à la matérialisation de ces frontières par le bornage.

Ces commissions interviennent également dans le règlement des conflits frontaliers aux côté des hommes politiques pour apporter leur savoir faire.

Elles comportent souvent une sous commission technique qui se réunit en commission mixte pour étudier, analyser les problèmes liés aux frontières en vue de proposer des solutions pour la prévention des conflits. Certaines de ces commissions rencontrent des difficultés n’étant pas suffisamment outillés, et ne travaillant pas de façon permanente. Elles doivent donc être renforcées pour se mettre à la hauteur de leur mission.

Par rapport à l’élevage et particulièrement s’agissant des problèmes de transhumance, il existe un cadre de concertation des pays concernés, en tout cas pour ce qui est du Togo. C’est dans ce cadre qu’est réglementée la transhumance dans les pays. Malheureusement cette réglementation n’est pas respectée, ce qui occasionne souvent des conflits entre les éleveurs et les agriculteurs.

Par rapport aux produits agricoles, des filières de production sont crées pour renforcer la production et faciliter du coup la commercialisation des produits. Nous citons à titre d’exemple la filière café cacao et celle du coton.

Pour toutes les ressources transfrontalières, il est souhaitable d’avoir un cadre de coopération et de partenariat pour faciliter la gestion et éviter ainsi des conflits entre pays riverains. Le Togo et le Bénin ont unis leurs efforts pour créer la compagnie électrique du Bénin qui est chargée de la gestion du barrage de Namgbéto qui est un ouvrage commun réalisé sur le Mono et pour la redistribution de l’énergie entre les deux pays.

Toutes ces initiatives doivent être encouragées ou renforcées.

2-1-2 La valorisation des relations entre les peupbles

Il s’agit ici de valoriser les dynamiques culturelles et la coopération transfrontalière ; donc la valorisation des mécanismes traditionnel s de gestion et de prévention des conflits.

Lorsqu’on se rappelle la manière dont le continent africain a été dépecé et que l’on constate les conséquences de ce partage arbitraire et que l’on observe les événements actuels, on est pas loin de se demander où va l’Afrique.

En effet c’est à la conférence de Berlin en 1885 que « voulant régler dans un esprit de bonne entente mutuelle, les conditions les plus favorables au développement du commerce et de la civilisation dans certaines régions d’Afrique …., désireux d’autre part de prévenir les malentendus et les contestations que pourraient soulever l’avènement des prises de possessions nouvelles sur la côte d’Afrique… » ont fixé les principes d’acquisition des territoires sur le continent. Ces territoires ont été partagé comme s’il n’appartenait à personne.

« En absence des Noirs, note Brunschvicg, les accords de partage ont reflété les intérêt des blancs : appétit de puissance et crainte de perdre la face s’ils cédaient sans compensation, évaluation de la rentabilité économique avenir, élaboration de réseaux d’alliance diplomatiques. Le partage de l’Afrique s’est fait dès lors en fonction des intérêts des puissances européennes et d’autres continents et le statut de plusieurs territoires africains a dépendu des concessions que les parties faisait ailleurs » .1

Ce partage qui a séparé les frères et sœurs et les a placé de part et d’autre d’une ligne géographiquement et arbitrairement tracé à leur insu ; qui a crée des entités administratives dépourvues de toute homogénéité de leur population ; qui n’a pas tenu compte des us et coutumes, de l’histoire et de l’économie des peuples colonisés ; qui n’a pas respecté les données linguistiques et culturelles pour tracer les frontières. La question des frontières est souvent revenue dans les conflits inter étatiques sur le continent entre le Maroc et l’Algérie en 1963 ; entre la somalie l’Éthiopie et le Kenya en février 1964 ; entre le Tchad et la Libye , le Cameroun et le Nigeria ; le Burkina et le Mali……..

Face à cette situation, prendre en compte les traditions et les coutumes dans la gestion et la prévention des conflits dans les zones transfrontalières est une donnée très importante. Pour mesurer cette importance, il ne faut pas perdre de vue que l’observation des transactions humaines dans les zones frontalières révèle deux phénomènes :

Un phénomène dit naturel et qui touche aux relations séculairement établies entre les groupes et les familles qui vivent de part et d’autre de la frontière géographique officielle et qui ne constituent pas des frontières ni pour la vie familiale ( mariages, fêtes, cérémonies et coutumes transfrontalières ), ni pour la vie professionnelle ( circulation journalière dans les deux sens pour les besoins de travaux champêtres ou de participation aux marchés. Dans ce cas les frontières semblent avoir été tracé et n’ont d’existence que sur les cartes et non dans les mentalités des habitants riverains. Les relations entre les populations ne sont pas codifiées selon le système moderne formel et le règlement des conflits qui naissent de ce type de transaction obéit au fonctionnement traditionnel des sociétés concernées.

Sur le plan des traditions et des coutumes les conflits n’ont pas que des aspects négatifs. C’est pourquoi dans la société traditionnelle, la dislocation de la société n’est jamais acceptée et consommée par les mécanismes de régulation sociale. Le conflit est traditionnellement géré comme un élément de construction de l’identité, donc il favorise la maturation des individus et des groupes en amenant les acteurs à reconnaître et accepter l’existence des autres, à mettre en lumière les problèmes et à renforcer l’équilibre social.

C’est pourquoi pour régler les conflits, la société traditionnelle met en œuvre tous les mécanismes qui visent au renforcement de cette cohésion. Ainsi on peut dire en quelques mots que du point de vue de la dynamique des groupes, un conflit est à l’image des groupes : il naît , se développe, mûrit et meurt. Parfois le conflit naît d’un événement banal et quand cela arrive ce n’est pas l’incident qu’il faut regarder, mais les principaux antagonistes, les tensions, la vie sous pression du passé qui ont amené la goutte d’eau qui à fait déborder le vase. La société traditionnelle on peut le dire est très bien outillée pour décrypter ce genre de fausse cause et aller au fond de la question. Différents aspects des mécanismes de la tradition entrent en ligne de compte pour la régulation des conflits :

Tous les moyens fondés sur les valeurs sociales sont mises en branle.

2-2 Commment faire de la coopération entre les acteurs, dans la prise en charge des défis communs, un moyen d’anticiper et de prévenir les conflits

Vers les années 1960, nous avons assistés à une constitution nette et claire des forces intervenants dans les relations sociales, au niveau interne et international. Les Etats, les mouvements de libération nationale, les organismes internes et internationaux, régionaux et universels, les organisations gouvernementales et non gouvernementales, religieuses, ethniques, y sont impliqués. Les organisations militaires, tribalistes, militaro-ethnique vont y faire leur jeu. Ces dernières années un nouveau type d’acteurs sur le continent fait son apparition, il s’agit des mouvements insurrectionnels communément appelés « mouvements rebelles » . Les principaux de ces acteurs sont les Etats. Très tôt ils se sont regroupés au sein

d’une institution panafricaine : l’organisation de l’unité africaine ( OUA) mais aussi dans les organisations ou institutions communautaires ou régionales uniquement dans le but de relever les défis communs et prévenir ainsi les conflits. Malheureusement cette stratégie n’a pas aboutit aux résultats escomptés. Cela signifie exactement que la bonne solution n’avait pas encore été trouvé et qu’il faille continuer les recherches. Finalement, ce qu’il faudrait retenir est que les acteurs, concernés sont ceux qui sont directement impliqués dans les activités transfrontalières. Il y a donc lieu d’organiser la coopération entre les acteurs selon les différents domaines d’activités - agriculture, élevage, pêche, commerce – en zone transfrontalière.

La consolidation de ces genres de coopération sera un gage pour anticiper sur les conflits.

2-3 Quelle articulation établir entre les instances régionales et les instances mondiales dans la prévention et la gestion des conflits ?

Pour répondre à cette interrogation à proprement parler, nous allons présenter les actions menées en faveur de la paix en Afrique.

2-3-1 Actions menées en faveur de la paix en Afrique

L’histoire de l’Afrique abonde en exemple de maintien de la paix. La force d’urgence des nations unies généralement considérée comme la première mission en Afrique a été déployée au sinai à la frontière du continent africain. Au début des années 1960 ONUC, l’opération des nations unies au Congo est longtemps demeuré une mission de maintient de la paix la plus importante mais la plus controversée. Les missions de paix envoyées en Afrique pendant plus de 40 ans ont considérablement variées selon le type de conflit à gérer et la tache à accomplir.

Les missions d’observation et les traditionnelles opérations de maintien de la paix sont les plus importantes et les plus nombreuses . On cite à ce titre le groupe d’observation des nations unies sur la bande d’Aozou, la mission d’observation des nations unies pour l’Ouganda et le Rwanda. A cela il convient d’ajouter un certain nombre de missions qui ont concernées tout une série de domaines : militaire civil, politique. Il s’agit du groupe d’assistance des nations unies pour la période de transition ; l’opération des nations unies pour le Mozambique …..

Trois autres missions récentes autorisées mais non conduites par l’ONU ont également pu utiliser la force : la force unifiée des nations unies dirigée par les américains en somalie ; l’opération turquoise menée par les français au Rwanda et l’ECOMOG au Liberia sous la direction du Nigeria.

Dans les années 1990, l’OUA s’est décidé de se lancer dans de nouvelles missions en faveur de la paix mais avec de moyens très limités. Dans le cadre de la mission visant à soutenir le processus de paix au Burundi des observateurs ont été déployés à BUJUMBURA la capitale et dans les cinq régions du pays. Au Rwanda depuis juillet 1992, le groupe neutre d’observation militaire composé de cinquante observateurs des pays de L’OUA a surveillé les cessez le feu. Au début de1993 il a été remplacé par un GNOM II composé de cent trente hommes. En novembre 1993 ce dernier fut remplacé et intégré à la MINUAR.

Au plan international les missions d’observation des élections s’insèrent également dans ce contexte. Elles sont non seulement un instrument de démocratisation mais aussi un important mécanisme de prévention des conflits. Plus de trente élections ont été surveillées en Afrique par la communauté internationale. Cependant le constat général qui doit être fait est que presque toutes les missions n’ont pas pu atteindre leurs objectifs. La Somalie n’existe presque plus, le Sahara occidental n’est pas indépendant, la MINURCA n’a pas permis de stopper les violences en république centrafricaine. On est allé d’échec en échec dans la résolution des conflits. Quelle articulation faut-il alors établir entre les instances régionales et mondiales de prévention et de gestion des conflits.

Entre les instances régionales et mondiales de prévention et de gestion des conflit, il doit exister un lien étroit de collaboration basé sur un programme bien établi et prenant en considération les différentes étapes de gestion des conflits.

Dans le domaine de la prévention des conflits il faut :

Au niveau des sonnettes d’alarmes :

Au niveau de l’exécution de la mission :

Toutes ces mesures doivent être prises ensemble par les instances régionales et mondiales.

2-3-1 Pour une démarche africaine dans la gestion des conflits en Afrique

L’Afrique ne doit pas rester un laboratoire de gestion des conflits. Il urge pour ce faire qu’elle prenne ses responsabilités pour mettre en place un mécanisme panafricain de recherche de la paix.

Cette urgence est impérative car sans la paix aucune action en faveur du développement ne peut être possible. Dans cette optique l’union africaine s’est déjà engagée sur une piste qui semble t-il facilitera la gestion des conflits. Il s’est dotée d’un mécanisme qui s’articule autour d’un organe dont les décisions sont exécutées par le secrétaire général et un secrétaire d’un fonds spécial pour la paix.

A côté de ce organe, l’Afrique devrait se doter d’une force panafricaine de rétablissement de la paix et un organe d’alerte sur les conflictualités.

Au niveau de chaque pays d’autres actions devraient être entreprises. Les chefs traditionnels et coutumiers devraient être approchés à tous les niveaux de la gestion des conflits. Par ailleurs il importera de conscientiser les hommes et les femmes sur les capacités de garantir la paix ; impliquer les communautés de base dans le règlement des conflits ; responsabiliser d’une façon effective les populations, renforcer la capacité et les compétences des acteurs locaux ; répandre dans la société une culture démocratique dans les rapports sociaux ; approfondire les connaissances sur les mécanismes traditionnels et modernes de gestion des conflits ; recourir à la diplomatie de terrain. Cela pourra concourir à la gestion des conflits en Afrique. Force est cependant de constater que l’on ne parviendra jamais à pacifier l’Afrique si les conditions préalables pour une paix durable ne sont pas réunies. C ‘est à titre d’exemple :

LA DEMOCRATISATION

La démocratie ne se limite pas aux dimensions institutionnelles de la gouvernance mais implique aussi la notion d’une véritable participation des citoyens. La vitalité de la société civile est un des grands indicateurs du développement de la démocratie et du respect des droits de l’homme dans un pays.

L’institutionnalisation des normes et des pratiques de la gouvernance démocratique permet la création de mécanismes efficaces qui favorisent les rapports interactifs entre les Etats et les organisations de la société civile. Dans tel contexte les citoyens ont non seulement accès à l’Etat mais aussi disposent de moyens pour suivre efficacement l’élaboration et la mise en œuvre de ses politiques . Le développement politique par conséquent ne peut s’enraciner et se poursuivre en douceur que s’il existe un cadre institutionnel de mise en œuvre de tous les droits humains et que si la société civile est en mesure d’accéder aux institutions qu’elles contribue à consolider.

LA RESTRUCTURATION DU SYSTEME JURIDIQUE

Le temps est donc arrivé pour les africains de penser à libérer leur droit , en réconciliant les droits actuellement en vigueur avec le droit d’origine africain . Tout système juridique pour être efficace doit répondre aux attentes de la population en tenant en compte des réalités sociales et culturelles du pays. Tant que cette réconciliation n’aura pas lieu, le droit sera sans cesse une source de graves conflits qui entravent le développement du continent mais encore l’épanouissement des peuples africains. Le peuple et son droit doivent être réconciliés avant toute action pour le développement.

L’EDUCATION AU RESPECT DES DROITS DE L’HOMME

La déclaration universelle des droits de l’homme et le pacte qui l’accompagne réaffirment que les droits humains ne se limitent uniquement pas qu’aux droits civils et politiques, mais englobe les droits économique , sociaux et culturels. Tous ces droits indivisibles, interdépendants. Il incombe au premier chef aux Etats d’assurer le respect de ces droits. Comme le dit madame Michelle P., directrice du centre de règlement des conflits en Afrique du sud « en pratique on ne peut pas se contenter d’énoncer des principes en matière des droits de l’homme et espérer que les gens les suivent. Il faut les adapter à la culture locale et faire en sorte qu’il suscitent une grande tolérance, une plus grande égalité et une plus grande intégrité chez les personnes de milieux divers dont les intérêts sont différents. Un conflit violent et destructeur entraîne des violations graves des droits de la personne humaine, et le non respect des droits de la personne humaine pendant une longue période peut aboutir à un conflit ».

Il ne suffit pas seulement d’informer les gens de leurs droits, il importe de prendre des mesures pour régler le conflit qui à entraîné la violation des dits droits et commencer à s’attaquer aux causes structurelles des conflits. Sans ces efforts de sensibilisation il serait un leurre de rêver de la paix en Afrique. Puisque l’éducation à la non violence et à la paix est le moteur de la pacification et de la prévention des conflits sur le continent, il est donc impératif qu’à tout le moins les règles qui gouvernent ce processus ne contreviennent pas aux principes fondamentaux de la non discrimination, de la non exclusion, de la non exploitation, de la non appauvrissement et qu’au contraire elles les favorisent et les protègent. Les droits humains et l’éducation à la paix et à la non violence ne sont pas antinomiques ni irréconciliable mais sont complémentaires. Le peuple doit le connaître. Ceci assigne aux dirigeants africains et à la société civile la responsabilité de promouvoir et de protéger les droits de l’homme et la démocratie par l’éducation.

LA GESTION SAINE DE LA CHOSE PUBLIQUE

Lorsque les dirigeants ne sont pas suffisamment tenus de rendre des comptes, que les régimes ne sont pas transparents, qu’il n’existe pas de système adéquat de contrôle du pouvoir, que la légalité n’est pas respecter, que les droits de l’homme sont bafoués, le contrôle politique prend une importance excessive et les enjeux deviennent dangereusement élevés. Un système économique respectueux des us et coutumes africains serait en somme un moyen de prévenir les conflits et les souffrances qui en découlent dans les sociétés africaines.

CONCLUSION

Dans une déclaration de la conférence des évêques au Sénégal, on note ce qui suit : « notre monde demeure un monde éclaté, marqué par la violence sous toutes ces formes allant de la réaction spontanées de l’individu au terrorisme et à la guerre planifiée à large échelle et à longue échéance, les divisions et les oppositions dont nous ne cessons de déplorer les conséquences sur les personnes et les sociétés, ont de nombreuses causes parmi lesquelles on relève le mépris des droits fondamentaux de la personne humaine, les diverses formes de discrimination raciale, culturelle et religieuse ; la perte de valeur de référence, la répartition injuste des ressources du monde et des biens des civilisations. L’Afrique n’échappe pas à cette triste réalité, elle qui est qualifié de continent chaotique » . Oui l’Afrique est un continent chaotique, un continent en déperdition à voir toutes les données tristes exposées tout le long de ce travail. Mais devant cette situation faut-il rester à se plaindre sans entreprendre une action pour corriger et enrayer le mal ? Il urge donc de prendre des dispositions qui s’imposent. Et, puisqu’il faut agir vite pour éradiquer les maux qui bloquent l’épanouissement des peuples africains et leur développement, la mobilisation de tous s’avère nécessaire. Tous les acteurs de la vie se doivent d’œuvrer ensemble pour éviter les conflits en Afrique. Ils méritent d’être éduqués sur les dangers que comportent en leur sein les conflits et la nécessité de les prévenir. C’est à ce seul prix qu’un espoir sera permis à ce continent meurtri par le fait des hommes.

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